A Schiltigheim, près de Strasbourg, une communauté passionnée, composée d'élus et de militants, s'engage activement pour préserver un patrimoine industriel unique, désormais menacé par la fermeture de l'ancienne brasserie de Heineken. Cette décision, annoncée récemment, a suscité une onde de choc, entraînant la perte de 220 emplois et laissant derrière elle une vaste friche.
Autrefois, le site de l'ancienne brasserie « Espérance » vibré au rythme de la production, remplissant l'air de l'odeur caractéristique de la fermentation, un parfum désormais disparu. Pour la maire, Danielle Dambach, la fermeture de l'ultime brasserie active de la ville représente un « coup dur ». Ce sentiment d'amertume s'explique également par la manière dont Heineken a acquis et fermé d'autres établissements emblématiques, tels que Fischer et Adelshoffen.
« Heineken a vampirisé Schilick », déclare Dambach, soulignant le ressentiment grandissant envers le géant néerlandais qui a monopolisé le marché brassicole local. Les bâtiments historiques, témoins de l'histoire de la ville, se dressent encore, comme ceux de la malterie de Fischer, protégés par leur statut de monuments historiques.
À partir du milieu du XIXe siècle, Schiltigheim a vu se développer une industrie prospère grâce à l'émergence de ces brasseries. Jean-Pierre Nafziger, ancien professeur d'histoire et président de l'association Mémoire et Patrimoine de Schiltigheim, évoque ces usines comme des « cathédrales industrielles », symboles d’un passé riche.
Cependant, ce sont désormais des intérêts contradictoires qui se font face : d’un côté, une municipalité déterminée à réhabiliter des sites, et de l’autre, des propriétaires immobiliers cherchant à valoriser rapidement leur terrain. À titre d'exemple, le site Fischer a été transformé en un quartier de 600 logements, avec la malterie réhabilitée pour accueillir un complexe cinématographique.
La décadence de certaines brasseries, comme Perle et Adelshoffen, illustre l'impact de la mondialisation sur ce secteur, avec des fermetures successives dans les décennies passées. Pour le site de Schutzenberger, une lente démarche de réhabilitation a débuté, visant à offrir un mélange de logements et d'espaces commerciaux.
Concernant le terrain de 13 hectares de Heineken, les autorités locales insistent sur l'importance d'intégrer des espaces verts et des infrastructures éducatives. Le groupe néerlandais, par la voix de son service de communication, n'a pas encore soumis de projet de reconversion pour l’espace. La maire Dambach insiste sur l'importance de superviser chaque étape, tout en gardant la porte ouverte à la collaboration.
Pour le collectif « La Cité des Brasseurs Schiltigheim », fondé en 2024, la fermeture de la brasserie est perçue comme une ultime chance de rétablir un « lieu public » dédié à l'histoire brassicole régionale. Maxence Creusat, membre actif de ce groupe, souligne : « Si nous n'agissons pas maintenant, dans cinquante ans, il ne restera plus rien de notre patrimoine ». Ce défi constitue une responsabilité collective, un appel urgent à la préservation d'un héritage qui mérite d'être célébré et partagé.
De nombreux experts en patrimoine industriel s'accordent à dire que la récupération de cet héritage est cruciale non seulement pour la mémoire collective de Schiltigheim, mais également pour l'économie locale, reliant culture et développement urbain. L’avenir du patrimoine brassicole de Schiltigheim demeure un enjeu essentiel dans la dynamique actuelle de la ville.







