Les grands réseaux sociaux sont souvent critiqués pour leurs bulles de filtre, leur modération jugée insuffisante et leurs algorithmes addictifs. Face à ces préoccupations, plusieurs entreprises européennes, dont celles du groupe Meta, cherchent à proposer des alternatives éthiques. Parmi elles figurent des projets comme W, qui s'inspire directement de l'ancien Twitter, selon Anna Zeiter, sa fondatrice.
"L'idée est de re-créer ce qu'était Twitter au bon vieux temps, basé sur des technologies européennes et avec des données hébergées sur notre continent," précise-t-elle. À l'instar de W, d'autres initiatives telles qu'Eurosky et Bulle s'efforcent d'offrir des réseaux sociaux plus respectueux des utilisateurs. Monnett, qui se présente comme un mélange entre TikTok et Instagram, devrait bientôt lancer sa version définitive.
"Nous devons agir maintenant et offrir à l'Europe ses propres réseaux sociaux," déclare Grégoire Vigroux, cofondateur de eYou, soulignant la prévalence des acteurs américains sur le marché.
Selon Romain Badouard, chercheur à l'Inria et spécialiste des réseaux sociaux, le moment semble propice pour ces nouvelles plateformes. "Avec un contexte international tendu entre l'Europe et les États-Unis, il y a un intérêt croissant pour des alternatives locales," ajoute-t-il.
Les défis à relever
Malgré l'émergence de ces nouvelles entreprises, elles font face à d'énormes défis. Les utilisateurs hésitent à quitter des plateformes populaires où se trouvent déjà leurs amis et contenus préférés. "99% des réseaux sociaux européens lancés ces dix dernières années n'ont pas réussi," reconnaît Vigroux, mettant en lumière un secteur en crise.
Cependant, ces nouvelles initiatives se présentent comme plus responsables. W s'engage par exemple à vérifier l'identité des utilisateurs voulant publier du contenu, tandis qu'eYou met en avant des utilisateurs qui partagent des contenus fiables. Monnett, de son côté, se veut transparent sur ses méthodes de diffusion : "Nous souhaitons que l'utilisateur décide de ce qui apparaît sur son écran," explique Christos Floros, fondateur de Monnett.
Ces plateformes cherchent à développer des modèles économiques alternatifs à la publicité ciblée, avec W qui prévoit de bannir la publicité intrusive, tandis que Monnett envisage un abonnement mensuel accessible.
Ces nouveaux venus intensifient donc leurs efforts pour se faire une place dans un paysage numérique dominé par quelques acteurs. La question demeure : parviendront-ils à gagner la confiance des utilisateurs à long terme ? Si ces projets réussissent, cela pourrait marquer un tournant dans la manière dont les réseaux sociaux opèrent sur le vieux continent, et peut-être même redéfinir le paysage numérique mondial.







