Bruxelles a annoncé un déblocage de fonds pour venir en aide aux agriculteurs, touchés de plein fouet par la forte augmentation des prix des engrais. Cela fait suite à une évolution défavorable exacerbée par le contexte géopolitique au Moyen-Orient, qui a perturbé les chaînes d'approvisionnement.
À l'approche de la saison des achats d'engrais, les agriculteurs ressentent un climat d'incertitude, comme l'indique le Copa-Cogeca, groupement des syndicats agricoles européens : «Les agriculteurs abordent cette période avec une inquiétude croissante sur le coût et la disponibilité des engrais.» Avant le début des hostilités dans cette région, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d'Ormuz, et depuis lors, les prix ont connu une montée vertigineuse.
Les engrais azotés, par exemple, s'échangent désormais autour de 500 euros la tonne, en très forte hausse par rapport aux 380 euros enregistrés l'hiver précédent. Parallèlement, le coût du gazole a également connu une forte hausse, forçant les États européens à intervenir financièrement pour soulager les agriculteurs.
La Commission européenne, promise à la mise en place de mesures de soutien bien avant le déclenchement du conflit, fait face à une pression accrue. Selon Tiffanie Stephani, représentante de Yara, un des principaux producteurs d'engrais, «la situation actuelle a souligné l'importance stratégique de la filière des engrais».
Pour répondre à cette crise, l'UE a prévu d'utiliser la «réserve agricole», satisfaisant ainsi une urgence cruciale. Il reste environ 200 millions d'euros dans cette enveloppe pour l'année à venir, une bouffée d'air pour un secteur déjà en difficulté après une récolte de blé catastrophique.
Dans un cadre plus vaste, l'UE promet d'agir durablement par le biais de deux priorités : diversifier les sources d'approvisionnement et augmenter la production interne. Cela pourra inclure une éventuelle assouplissement des réglementations sur les nitrates pour favoriser l'utilisation de digestat, qui est considéré comme une alternative écologique aux engrais chimiques. Néanmoins, cet assouplissement soulève des craintes parmi les organisations environnementales, qui craignent des impacts négatifs sur les eaux.
Malgré les demandes de certains pays, dont la France, la Commission n'envisage pas de suspendre la taxe carbone sur les engrais, mise en place pour aider les producteurs européens à décarboner le secteur. Les responsables insistent, affirmant que des mesures ont déjà été établies pour soutenir les agriculteurs, comme la suspension temporaire de certains droits de douane et l'adaptation de la taxe carbone.
Enfin, l'UE ne prévoit pas d'abandonner l'augmentation progressive des taxes sur les engrais en provenance de Russie et de Biélorussie, cherchant à réduire sa dépendance à ces ressources pour financer la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, le développement d'engrais alternatifs à faible émission de carbone apparaît comme un enjeu essentiel, bien que les coûts élevés de production, notamment dus aux prix de l'énergie, rendent cette ambition difficile à réaliser.







