La situation au Moyen-Orient a eu des répercussions dramatiques sur les coûts de production agricole, particulièrement en ce qui concerne les prix des engrais. Un rassemblement est prévu devant le Parlément européen à Strasbourg ce mardi matin pour attirer l'attention sur cette crise.
En réponse à cette calamité, l'Union européenne s'apprête à débloquer des fonds pour aider les agriculteurs à faire face à l'augmentation vertigineuse des prix des engrais, situation exacerbée par le conflit en cours.
Pour mettre la pression, des organisations agricoles prévoient un rassemblement devant le Parlement européen, où la Commission présentera son plan d'action.
Le Copa-Cogeca, représentation des syndicats agricoles européens, souligne que « les agriculteurs font face à une période d'incertitude extrême » concernant le coût et la disponibilité des engrais.
Les prix grimpent considérablement
Avant le déclenchement du conflit, près de 30 % des engrais mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz. Depuis la fin février, le prix des fertilisants a explosé en Europe, atteignant environ 500 euros la tonne, contre 380 euros l'hiver dernier.
À cette hausse s'ajoute celle du coût du gazole pour les tracteurs, obligeant de nombreux États à intervenir financièrement pour compenser.
La Commission européenne, qui avait déjà prévu des mesures en faveur des agriculteurs, est sous pression pour agir rapidement.
Les répercussions de la guerre ont rendu « visible le caractère stratégique du secteur des engrais », explique Tiffanie Stephani, responsable chez Yara, un grand producteur d'engrais en Europe.
Une enveloppe de 200 millions d'euros pour soutenir le secteur
Bruxelles a décidé de puiser dans la « réserve agricole », ciblant des fonds d'urgence et allouant environ 200 millions d'euros pour 2026.
La situation est particulièrement dure pour les céréaliers, dont la consommation d'engrais est significative. Ils subissent déjà un manque à gagner en raison des récoltes de blé de 2024 décevantes, et une qualité des prix en 2025 qui reste fragilisée.
Outre les mesures d'urgence, l'Union européenne promet des stratégies à long terme pour diversifier ses approvisionnements et accroître sa production locale, sachant qu’elle importe 60 % de ses engrais.
Bruxelles maintient sa taxe carbone aux frontières
Des assouplissements pourraient être envisagés sur l'utilisation de digestat, mais la Commission européenne ne compte pas annuler sa taxe carbone sur les engrais, en place depuis janvier, qui vise à soutenir la production européenne et à réduire les émissions de carbone.
Cette taxe a suscité des réactions polémiques, mais des experts, tels que Tiffanie Stephani, arguent que « ce mécanisme est vital pour une concurrence équitable dans notre secteur ».
Des alternatives bas carbone en enjeu
En dépit de cette crise, l'Union européenne ne compte pas non plus réduire progressivement les taxes sur les engrais russes et bélarusses, dans le but de diminuer les financements qui soutiennent la guerre en Ukraine.
Le défi majeur reste le développement d'engrais alternatifs, moins dépendants des importations et respectueux de l'environnement. Toutefois, le coût de production élevé a freiné ces initiatives, comme le projet autrichien « Green Ammonia Linz », abandonné faute de viabilité économique.







