Fouju, un village pittoresque d'environ 650 âmes en Seine-et-Marne, fait face à un défi extraordinaire : l'arrivée d'un énorme data center, le plus grand d'Europe. Ce projet ambitieux, intitulé "Campus IA", est largement controversé parmi les habitants, tiraillés entre les avantages économiques qu'il pourrait apporter et les répercussions environnementales qu'il entraîne.
Prévu pour être inauguré à partir de 2028, ce centre de données, estimé à 50 milliards d'euros, a été présenté lors du sommet Choose France. Il se veut être un pôle attirant des infrastructures de pointe et un incubateur de synergies entre entreprises technologiques. Les promoteurs soutiennent que ce centre pourrait stimuler l'économie locale, mais des voix discordantes s'élèvent, en particulier de la part d'France Nature Environnement, qui alerte sur les nuisances à venir.
Giuliano Del Negro, un retraité de 68 ans, a exprimé ses préoccupations après une réunion d'information. "Les promoteurs veulent nous vendre du rêve, mais les questions demeurent", a-t-il déclaré, craignant les nuisances potentielles entraînées par les travaux et la construction d'infrastructures supplémentaires. Une inquiétude partagée par Eveline Biaggini, 53 ans, qui déclare que sur le plan écologique, "c'est catastrophique".
Jusqu'à 500 emplois directs
Pour d'autres, comme Laurent, dont le nom a été modifié, les avantages économiques du projet sont indéniables. "Ça créera des emplois et de la richesse pour notre village, il faut bien avancer", a-t-il déclaré, tout en exprimant son opposition au projet de prison voisin.
Selon le maire Jonathan Wochenmayer, ce projet pourrait générer des millions d'euros de revenus fiscaux, permettant d'améliorer les infrastructures locales déjà vieillissantes. Il envisage de nouveaux trottoirs et une école rénovée, des projets qui s'ajouteraient à la création de 300 à 500 emplois directs.
La consommation électrique de 200.000 foyers
Cependant, un chiffre alarmant a retenu l'attention : la consommation électrique du site sera équivalente à celle de 200.000 foyers. Jean-François Dupont, administrateur de FNE 77, a dénoncé ce qu'il appelle une "économie numérique éphémère", soulignant les problèmes environnementaux massifs liés à l'utilisation intensive de générateurs et à la production de chaleur. "Nous avons besoin de data centers, mais pas sous cette forme", a-t-il insisté.
Ce débat passionné illustre le dilemme auquel font face de nombreuses petites communes aujourd'hui : comment concilier développement économique et préservation des ressources naturelles ? À l'heure où la technologie prend une place toujours plus centrale, le défi est de taille. Un pique-nique de contestation organisé fin mai a rassemblé près de cent personnes pour manifester leur scepticisme face à ce projet futuriste.
Ainsi, à Fouju, l'avenir s'écrit sous le signe du débat, oscillant entre promesses de prospérité et risques écologiques.







