Dans certaines librairies européennes, une situation alarmante se profile. Les nuits ne sont plus seulement le moment de fermer, mais désormais, elles accueillent un client mystérieux qui fait des achats par palettes, sans jamais dire un mot. Depuis le début de mai, des libraires allemands ont constaté un phénomène déroutant : entre 3 et 5 heures du matin, leurs plateformes enregistrent des commandes massives. Des achats qui semblent orchestrés par un système plus qu'un lecteur insomnique, rapporte le média allemand Taz.
Des passations de commande troublantes
Sur les réseaux, les libraires d'Espagne, d'États-Unis, de Nouvelle-Zélande et de Bulgarie ont également partagé des expériences similaires, comme le souligne le quotidien espagnol elDiario. Marçal Font, un libraire, évoque des commandes d'un même acheteur, répétées à une minute d'intervalle. Ces achats concernent des ouvrages anciens, souvent invendus, révélateurs d'une stratégie organisée.
Zoom Books : un acteur controversé
Les soupçons se portent sur Zoom Books, une entreprise canadienne qui semble répondre à ces commandes inattendues. Bien que l'entreprise se présente comme un champion du recyclage, ses méthodes intriguent. Les volumes achetés concernent souvent des livres anciens, en langues diverses, sans rapport évident avec un marché nord-américain. Des photos de leurs entrepôts montrent des livres entassés dans des boîtes, loin des standards habituels de l'industrie.
Un inquiétant avenir pour le livre
Ce phénomène soulève des questions éthiques sur le traitement des livres. "Nous sommes à l’aube d’un pillage littéraire", insiste Marçal Font. Les emplois de ces livres historiques sont rédigés pour l'IA, dans un cadre où l’utilisation de corpus textuels issus de livres numérisés pose question quant aux droits d’auteur. Si la pratique du "fair use" aux États-Unis permet de contourner certains obstacles, le tollé provoqué par cette utilisation de livres soulève des inquiétudes profondes au sein de la communauté littéraire.
Pour les libraires, ces ventes inattendues peuvent sembler positives à court terme. Mais le risque est grand : une part essentielle de notre patrimoine, numérisé puis disparu, réduit à de simples données. Miguel Ángel Ortega, président de l’Association professionnelle des libraires, met en garde : "Nous courons le risque de perdre une part cruciale de notre patrimoine bibliographique". La transformation de ces livres en simples données implique une refonte de notre relation avec la culture écrite.
"Chaque livre numérisé, puis détruit, représente un savoir perdu pour l'humanité", conclut Ortega.
Les avis s'accumulent, et il est temps que les institutions interviennent pour protéger notre héritage littéraire face à cette cyber-appropriation. À quel point l’IA va-t-elle façonner notre paysage littéraire ? À ce jour, la réponse reste incertaine, mais la nécessité d'un débat public sur cette question est cruciale.







