Jeudi, cinq femmes ont saisi le tribunal administratif de Paris, demandant à ce que l'État soit tenu pour responsable de l'inaction du ministère de la Culture face aux agissements de Christian Nègre, un ex-haut fonctionnaire mis en examen pour avoir administré des substances nocives à près de 250 femmes.
Lors de l'audience, leurs avocates ont évoqué une indemnisation variant de 90 000 à 180 000 euros, mais la rapporteure a suggéré des réparations beaucoup plus modestes, évaluant les préjudices à quelques milliers d'euros par personne. Elle a qualifié le comportement de Nègre de "faute personnelle", écartant ainsi la responsabilité de l'État.
Les préjudices corporels des plaignantes ont été partagés en fonction de leurs expériences, mais les avocates estiment que ces sommes ne reflètent pas l'horreur des actes. "Le sentiment de malaise, les douleurs physiques et psychologiques sont très réels", ont-elles affirmé. De plus, des préjudices comme l'arrêt des activités sportives ou des dommages sexuels n'ont pas été pris en compte, jugés non établis.
Me Lisanne Chamberland-Poulin, l'une des avocates, a insisté sur le fait que les actes de Nègre n'étaient pas de simples blagues mais une violente violation de l'intimité. "Sa méthode de prédation a été facilitée par son statut et les ressources du ministère", a-t-elle dénoncé. Elle a fourni des chiffres choquants : sur huit ans, Nègre aurait pu toucher une à trois femmes par semaine pendant ses heures de service, établissant un schéma méthodique d'abus.
En 2023, certaines femmes avaient déjà reçu des indemnisations sans que la faute de l'État ne soit reconnue, ce que l'une d'elles a qualifié de "victoire à moitié". Leurs témoignages sont poignants, décrivant des problèmes de confiance et un sentiment de culpabilité insupportable après leurs rencontres avec Nègre.
En 2019, des enquêteurs ont frappé à la porte de l'une des victimes, la retrouvant sur une liste établie par Nègre lui-même. Les conclusions des enquêtes pénales sont attendues d'ici fin 2026, avec déjà près de 250 victimes identifiées par la procureure de Paris.







