Avoir enduré des violences sexuelles durant l'enfance augmente significativement les risques pour les hommes et les femmes d'en commettre ou d'en subir à nouveau. Selon une étude parue dans The Lancet en 2017, les hommes ayant été victimes d'abus durant leur enfance ont un risque multiplié par 3,5 de devenir agresseurs, tandis que les femmes voient ce risque s'élever à 4,5.
Une récente analyse révèle que quatre agresseurs sexuels d'enfants sur dix sont d'anciennes victimes. Ce chiffre grimpe à 70 % pour ceux qui sont mineurs. Les psychiatres spécialisés appellent donc à une politique de détection précoce pour éviter que de tels cycles de violence ne se reproduisent. La professeure de psychiatrie et addictologie, Florence Thibaut (CHU Cochin), explique : « Un enfant victime de violences sexuelles peut, par mimétisme, reproduire ces actes sur d'autres enfants. »
Cela monte à 70 % pour les mineurs
Les psychiatres soulignent l'importance d'un dévouement politique face à cette réalité. Une proposition de loi visant à renforcer la protection des enfants et des femmes contre les violences sexuelles sera examinée à l'Assemblée en septembre-octobre. Les spécialistes précisent cependant qu'une approche systématique à l'échelon national est essentielle.
Les violences sexuelles sont majoritairement perpétrées par des proches, selon un rapport de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) publié en 2023. En effet, dans 90 % des cas, les agresseurs sont des membres de la famille. Le professeur Pelissolo témoigne : « Ces comportements ne sont pas des anomalies marginales ; ils concernent des hommes issus de tous les milieux sociaux. »
Une prise en charge nécessaire
Malheureusement, 74 % des plaintes pour abus demeurent classées sans suite, selon les données rapportées. Muriel Salmona, psychiatre spécialisée dans le psychotrauma, déclare : « Identifier une victime peut aider à identifier un agresseur. Le repérage doit être systématique et rigoureux pour briser le cycle. »
Pour la professeure Thibaut, la mise en place d'un système de dépistage à différentes étapes de la vie est cruciale. « Si l'État investissait dans ces initiatives, nous pourrions voir une réduction des cas d'agresseurs. Cela fait quarante ans que nous attendons l'instauration d'une ligne d'écoute accessible 24h/24. »
Un enjeu sociétal majeur
Les traitements actuels pour les victimes et auteurs sont souvent limités par un manque de ressources. La nécessité d'un cadre plus efficace pour prévenir les crimes pourrait également inclure des campagnes éducatives massives. La psychiatre Thibaut précise qu'« une société mûre se doit de prévenir et de protéger plutôt que de réagir seulement après le fait. »







