Les membres de la Fraternité Saint-Pie X, une communauté catholique traditionaliste souvent critiquée par le Vatican, ont célébré lundi à Ecône, en Suisse, de nouvelles ordinations de prêtres. Cet événement survient à deux jours de sacres épiscopaux qui pourraient marquer un schisme avec l'Église catholique.
"C'est un moment vraiment exceptionnel et très attendu", confie Maria, la mère de l'abbé argentin Pelayo Muskett Bunge, tout juste ordonné, à l'AFP.
Dès leur ordination, les cinq nouveaux prêtres – originaires d'Argentine, de Belgique, d'Espagne et de France – transmettent leur première bénédiction à leurs proches en leur imposant les mains.
Des milliers de fidèles se rassemblent autour d'eux après avoir assisté à la cérémonie, qui a duré quatre heures sous un soleil écrasant, dans un champ aux abords du séminaire de la Fraternité dans le canton alpin du Valais.
"Bien qu'il y ait des ordinations chaque année, celle-ci revêt une signification particulière avec l'arrivée imminente des sacres épiscopaux," affirme Alexandre Maret, un fidèle suisse de 41 ans, qui a connu l'évêque fondateur, Marcel Lefebvre. "Les enjeux doctrinaux demeurent inchangés," souligne-t-il.
Cette communauté, qui défend une interprétation stricte de la tradition liturgique et s'oppose à l'œcuménisme, a été sous les projecteurs en 1988 pour avoir ordonné illégalement quatre évêques, entraînant une excommunication immédiate. Bien que cette excommunication ait été levée en 2009, près de quarante ans après ces premières consécrations, les "Lefebvristes" s'apprêtent à renouveler cet acte de dissidence.
Aujourd'hui, la Fraternité, forte de plus de 750 prêtres et 260 séminaristes dans près de 80 pays, prévoit de consacrer quatre nouveaux évêques (deux Français, un Américain et un Suisse), argumentant qu'elle ne dispose plus que de deux évêques, indispensables pour ordonner de nouveaux prêtres.
Samuel Putz, un fidèle américain de 26 ans, qualifie cet événement d'"historique" et souligne son importance cruciale : "Sans le dévouement des évêques, des prêtres et des membres de notre communauté, notre situation serait bien plus complexe." À Ecône, près de 150 prêtres ont assisté à la messe, richement célébrée dans des tons pourpres et dorés, où les chants en latin alternaient avec de longs silences.
Avant d'être ordonnés, les futurs prêtres et aspirants diacres se sont étendus face contre terre dans une ambiance solennelle, alors que la litanie des saints résonnait. Pour le Vatican, ordonner un évêque sans l'accord papal constitue un acte de rébellion, avec comme conséquence une excommunication automatique des évêques concernés.
Marie Desclos, une fidèle française, déclare, "Nous croyons que l'Église n'agit plus comme Jésus l'avait prévu, ce qui explique sans doute pourquoi nous dérangeons le Vatican." Isabel Masuda, fidèle argentine de 65 ans, fait remarquer : "Si le Vatican accepte que des évêques en Chine soient nommés par le gouvernement, pourquoi pas nous ?".
Cette cérémonie d'ordination éclaire une "joie" partagée par les fidèles, mais souligne également l'opposition du Vatican, qui est douloureuse pour eux. "Nous nous considérons comme des membres à part entière de l'Église. Nous aimons notre Église et notre Pape", déclare Maret.
Le jeune Américain ajoute : "Cette hostilité du Saint-Père reste difficile à accepter. C'est vraiment dévastateur".
Rejetant les évolutions de l'Église post-Concile Vatican II, la Fraternité représente environ 600.000 fidèles et défend un modèle de société patriarcal traditionnel. Malgré son influence dans certains milieux conservateurs, elle demeure minoritaire au sein de l'Église catholique, qui compte environ 1,3 milliard de membres.
"Il semble que nos paroles ne soient plus entendues à Rome," a déclaré lundi Mgr Bernard Fellay, un des deux derniers évêques de la Fraternité, durant la cérémonie. "Pourtant, nous ne faisons que rappeler les préceptes de l'Église qui ont persisté pendant des siècles."







