Depuis un mois, les rues de Tirana vibrent au rythme des manifestations contre un projet immobilier soutenu par la fille et le gendre de Donald Trump. Au-delà des inquiétudes environnementales, ce chantier soulève des interrogations sur l'adhésion de l'Albanie à l'Union européenne, un objectif cher au pays.
La formule "Plus d'Europe, moins de Trump" résume le climat actuel en Albanie, où des milliers de personnes se rassemblent pour dénoncer un projet de station balnéaire de luxe sur le littoral albanais, un site encore préservé. Les ONG environnementales tirent la sonnette d'alarme, soulevant des craintes majeures concernant l'impact écologique de cette construction.
Cependant, les préoccupations des manifestants ne s'arrêtent pas là. La crainte de voir l'intégration de l'Albanie à l'UE remise en question pèse lourdement dans les esprits. Les participants aux manifestations estiment que des projets comme celui-ci enverraient un message contradictoire quant à l'engagement du pays envers les normes européennes.
Les institutions européennes vent debout
Cette contestation, surnommée "la révolution des flamants roses", est également une réponse à la promesse du Premier ministre Edi Rama d'intégrer l'Albanie à l'UE d'ici 2030. Toutefois, nombreux sont ceux qui pensent que ce projet est incompatible avec les critères exigés par Bruxelles. La députée européenne Tineke Strik, citée par The Guardian, a clairement averti que le non-respect des normes environnementales pourrait causer de graves problèmes lors des négociations d'adhésion.
Si Edi Rama est vraiment sérieux quant à ses ambitions européennes, il devrait renoncer à cette stratégie.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a ajouté que l'intégration ne dépend pas seulement de l'adoption des règles, mais aussi de leur application effective. Le Parlement européen a même voté une résolution demandant l'arrêt immédiat des travaux dans des zones protégées, exprimant ainsi son soutien aux manifestants.
Une question résolue politiquement ?
D'après Yves Petit, juriste spécialisé dans les affaires européennes, la situation actuelle ne menace pas la trajectoire d'adhésion de l'Albanie. Cependant, elle met en lumière des enjeux importants. Alors qu'il est crucial pour l'Albanie de respecter les règles de l'UE, cette crise pourrait être davantage problématique sur le plan politique qu'économique.
Les institutions européennes semblent adopter un ton ferme envers un partenaire américain parfois jugé trop influent. "Il est probable que la question sera résolue politiquement plutôt que strictement sur le plan juridique", précise Petit.
Une hypothèse plus délicate pourrait survenir si le projet était mené à bien après l'adhésion de l'Albanie à l'UE. Dans ce cas, des interrogations émergeraient sur les engagements européens de la nation. "Attention à ce que l'UE n'introduise pas d'exception concernant les conditions d'adhésion", met en garde le juriste.







