Elle a traversé un véritable parcours de souffrance, détenue par le jihadiste pendant 40 jours. Lors de son témoignage poignant, cette Yazidie a évoqué le calvaire enduré après avoir été vendue comme esclave sexuelle.
Âgée de 32 ans et frêle sous l'imposante architecture du palais de justice, la victime - prénommée Aveen (nom modifié) - a relaté avec une dignité remarquable ses deux ans et demi de captivité entre les mains du groupe État islamique (EI) dans les années 2010.
Avant l'attaque du 3 août 2014, qui a bouleversé sa vie et celle de sa famille, elle affirmait qu'ils n'étaient pas riches, mais heureux. Le récit des événements tragiques commence avec l'assaut des combattants islamistes sur leur fief, le mont Sinjar.
Une vie bouleversée et des enchères humaines
Capturée avec son mari et sa fille de deux ans, leur existence bascule rapidement. Après des mois de détention où ils sont régulièrement déplacés, ils sont séparés.
Aveen, avec d'autres femmes yazidies, est amenée à Raqqa, où elle subit les horreurs de ce qu'elle appelle un "marché des esclaves" : "Nous devions nous habiller avec nos plus belles vêtements et défiler devant les acheteurs. Un moment dévastateur pour notre dignité", raconte-t-elle.
La cruauté de Sabri Essid
Lors de cette vente, deux hommes se disputent son achat. Finalement, c'est un Saoudien qui remporte cette enchère tragique, mais c'est Sabri Essid qui interviendra plus tard pour la racheter. Les abus qu'elle subit sont indescriptibles. Elle témoigne : "Il me violentait tous les jours, me soumettant à des souffrances inimaginables".
Les méthodes cruelles d'Essid, qui prenait des pilules pour prolonger ses abus sexuels, sont dépeintes avec une douleur sourde par la victime. Malgré tout cela, elle parvient à préserver sa fille, allant jusqu'à se blesser pour empêcher une séparation.
Un acte de bravoure et une évacuation acharnée
Elle finit par s’échapper, profitant d'un moment d'absence du dernier geôlier, prenant un taxi avec une autre femme, en se dissimulant sous un niqab. Elles finissent par rejoindre des combattants kurdes, espérant retrouver un semblant de sécurité.
Aveen ne reverra jamais son mari, porté disparu. Éloignée de son pays après des mois de souffrance, elle aspire à un avenir meilleur pour sa fille. "C'était douloureux de partir, mais je n'avais pas de choix", illustre-t-elle avec une émotion palpable.
Lors de la clôture d'une journée de témoignages marquants, le président de la cour, Marc Sommerer, a exprimé sa surprise : "C'est l'un des témoignages les plus déchirants que j'ai entendus". Des voix comme celles d'Aveen rappellent l'importance de célébrer et de préserver la dignité humaine face à l'horreur.







