Depuis son instauration il y a un mois, la nouvelle taxe sur les petits colis, destinée à réguler le influx de marchandises notamment en provenance de Chine, est déjà sous le feu des critiques. Le gouvernement français a confirmé son intention de maintenir cette mesure, obligée de répondre à une réalité où plus de 5,8 milliards de petits colis sont prévus d’être livrés en Europe d’ici 2025. Le ministre du Commerce, Serge Papin, indique que l’objectif est de pousser des géants comme Shein, Temu et AliExpress à repenser leur modèle d’affaire.
Imposée depuis le 1er mars, cette taxe de deux euros pour chaque article d’un colis de moins de 150 euros vise à freiner la croissance exponentielle de ces expéditions. Toutefois, les plateformes ciblées semblent avoir trouvé des solutions alternatives, route passant désormais par des hubs situés dans le Benelux, permettant ainsi d’importer légalement des marchandises vers la France sans payer la taxe.
"Le droit européen stipule qu'une fois les marchandises mises en circulation, elles peuvent se déplacer librement au sein de l'Union européenne", a précisé un représentant de Shein.
Selon les professionnels du secteur logistique, cette manœuvre s’accompagne d’un réel préjudice pour les entreprises françaises, entraînant une réduction significative des opérations à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle.
« Nous enregistrons une baisse importante avec une cinquantaine de vols cargo qui ne se rendent plus à Paris depuis la mise en place de la taxe », a déclaré un représentant d'Aéroports de Paris.
L'aéroport de Liège en Belgique observe par ailleurs une augmentation des vols en raison de cette situation, rappelant des dynamiques similaires observées lors de l’instauration d’une taxe semblable en Italie, qui a depuis été annulée.
Une taxe européenne en perspective
Les conséquences de cette législation se font déjà sentir, l'Union des entreprises transport et logistique de France estime que jusqu'à 1 000 emplois pourraient être perdus d’ici l’été si la taxe n’est pas suspendue. Par ailleurs, des PME françaises qui exportent vers la Chine à travers les même voies souffrent également de ce nouveau cadre fiscal.
"L'initiative proactive de la France a probablement accéléré le calendrier de l'UE concernant la mise en œuvre de ses propres taxes," a noté Florian Colas, directeur général des Douanes.
A compter de juillet, la taxe s’étoffera d’un droit de douane européen de trois euros, portant le coût total à cinq euros par article importé. Ce système devrait être harmonisé avec une réglementation européenne prévue pour fin 2026, visant à simplifier et sécuriser le marché des colis au sein de l’UE.
Bien que le montant rapporté par cette taxe soit encore flou, le gouvernement insiste sur la nécessité de réduire la dépendance du marché français face à cette promesse de 400 millions d’euros. Les autorités approuvent l'idée que ce coup de pouce fiscal incitera les grandes plateformes d’e-commerce à adapter leur modèle.
Le cabinet du ministre Papin espère que ces acteurs extraeuropéens devront opter pour des entrepôts à l’intérieur de l’UE, favorisant ainsi un contrôle plus efficace de leurs opérations. Une stratégie qui pourrait potentiellement modifier le paysage du e-commerce en France.







