En visite en Ariège, Emmanuel Macron réaffirme son engagement en faveur de la réindustrialisation en France. L'économiste Éric Heyer, à la tête du département Analyse et Prévision de l'OFCE, souligne toutefois que le secteur industriel, bien qu'il génère des emplois, ne parvient pas à augmenter la valeur ajoutée significativement.
Éric Heyer explique : "Nous pouvons évaluer ce bilan à l'aune de deux critères, l'emploi et la production. Si l'on observe l'emploi, les résultats semblent positifs. En revanche, la stagnation de la production révèle un tableau plus sombre, avec peu de croissance réelle depuis l'élection de Macron." Cette observation soulève la question de la création d'emplois dans un contexte où la productivité semble diminuer.
Pour illustrer cette stagnation, Heyer prend l'exemple d'Airbus : "La France bénéficie surtout de l'assemblage, tandis que les composants sont importés. La richesse générée ici est limitée au prix de l'avion, moins le coût des importations. Cette dynamique n'est pas synonyme d'une croissance industrielle vigoureuse."
Interrogé sur la création d'emplois alors que l'économie stagne, Heyer répond que cela peut sembler paradoxal. "Nous sommes en mesure de créer davantage de postes tout en n'augmentant pas la productivité. Cela signifie que la productivité globale du travail a chuté, entraînant un affaiblissement de la compétitivité. Le gouvernement se vante d’une croissance des emplois, mais la réalité est plus complexe."
Il souligne que cette baisse de productivité pourrait avoir des répercussions sur le pouvoir d'achat des salariés et la rentabilité des entreprises. "Nous assistons à une prise en charge des coûts par l'État via des aides significatives, contribuant ainsi à des déficits record, surtout depuis 2020. Actuellement, les entreprises ajustent leurs effectifs en fonction d'une production réelle, ce qui engendre des destructions d'emplois."
Heyer affirme que l'industrie ne représente plus que 10 % du PIB français, un chiffre qui pourrait être préoccupant, mais il nuance : "Ce pourcentage n'est pas forcément synonyme de déclin. Aux États-Unis, il est encore plus bas. Dans une économie développée, la baisse de la part industrielle est souvent compensée par la croissance d'autres secteurs, tels que le numérique."
Le progrès technique est également évoqué. "Il engendre ce que l'on appelle la destruction créatrice, remplaçant des emplois industriels par des solutions automatisées. Toutefois, le défi réside dans la redistribution des gains de productivité aux services, pour pourvoir de nouveaux emplois."
Concernant la notion de souveraineté industrielle, Heyer déclare qu'il ne s'agit pas de produire absolument tout sur le sol français, mais plutôt de diversifier les sources de production et de garantir une résilience face aux aléas. "Avoir un plan B est crucial pour sécuriser notre indépendance économique, une nécessité qui s’est révélée durant la pandémie selon plusieurs observateurs comme Le Monde."
Éric Heyer est économiste, directeur du département Analyse et Prévision de l'OFCE et membre du Haut Conseil des finances publiques.







