L'essentiel
La fermeture des pharmacies constitue une préoccupation majeure pour les communes rurales. En 2024, 54 localités ont perdu leur dernière officine, accentuant ainsi les craintes des maires. Bien que leurs compétences soient limitées, ces élus peuvent influencer les conditions d'exercice pour préserver ces services indispensables.
Dans plusieurs communes, la pharmacie va au-delà d'un simple commerce ; elle représente un service essentiel. Alors que les élections municipales approchent, l'inquiétude grandit face à la perspective de voir disparaître ces officines. Depuis plus de quinze ans, le maillage des pharmacies ne cesse de se réduire. Selon les données de l'Ordre des pharmaciens, la France métropolitaine comptait 19 887 officines en 2023, un chiffre tombé à 19 627 en 2024, franchissant ainsi le seuil symbolique des 20 000. Cette situation a entraîné une baisse de la densité, passant à 30 officines pour 100 000 habitants contre 34 il y a une décennie.
Cette dynamique se révèle particulièrement sévère dans les zones rurales. La Cour des comptes a noté qu'entre 2015 et 2021, le rythme des fermetures a quasiment quintuplé dans les bourgs ruraux, alors qu'il a été multiplié par moins de deux en milieu urbain. Les conséquences se font sentir au niveau de l'accès, avec un temps de trajet qui a augmenté d'environ 7 % entre 2020 et 2023 (passant de 6,1 à 6,5 minutes en moyenne).
Pour intensifier l'inquiétude, de nombreuses localités craignent de perdre « la dernière » pharmacie. D'après l'initiative Action Pharmacie Rurale, portée par la FSPF, 54 communes ont perdu leur dernière officine en 2024. Actuellement, plus d'un tiers des pharmacies se situe dans des communes de moins de 5 000 habitants, rendant chaque fermeture d'autant plus visible et controversée localement.
Peser sur les transferts
Quel rôle peut jouer un maire ? Bien qu'il ne puisse pas décider d'ouvrir ou de fermer une pharmacie (l'Agence régionale de santé, ou ARS, est en charge de ces décisions, en se basant sur des seuils démographiques), il peut néanmoins influencer les conditions d’exercice des officines, ainsi que les résultats des transferts.
En pratique, les maires disposent de plusieurs leviers. Premièrement, sur le plan immobilier, ils peuvent proposer un local communal bien situé, accessible et à loyer modéré, ce qui pourrait faire la différence lors d'une reprise. En second lieu, l'attractivité des communes joue un rôle crucial : les services, le logement et l'accès à des centres de santé pluriprofessionnels stabilisent la vie de famille et attirent les professionnels de santé.
Le troisième levier concerne l'intermédiation. Les élus doivent anticiper et documenter les fragilités locales (comme le vieillissement de la population, les distances étendues ou l'absence de médecins) pour alerter l'ARS et l'Ordre des pharmaciens. Cette démarche vise à « verrouiller » l'argumentaire sur l’accès aux soins, sachant que les pharmacies représentent souvent le dernier maillon du système de soins de proximité.







