À la fin de l'année 1985, une recherche d'emploi innocente tourne au drame pour une jeune Béarnaise. Son récit bouleversant révèle l'existence d'un couple criminel en cavale. Thierry Sagardoytho, expert judiciaire, revient sur cette enquête marquante.
Une petite annonce qui vire au cauchemar
Décembre 1985. Martine, 18 ans, cherche son premier emploi à Oloron-Sainte-Marie et est attirée par une offre d'ambulancière parue dans un quotidien. Un certain Monsieur de Ponthieu l'invite à un entretien. Ce dernier est prévu le 27 décembre dans un restaurant de Barbezieux, où elle est accompagnée de son père. Le couple, se présentant comme les époux de Ponthieu, y est accueillant et rassurant. L'embauche semble acquise, et Martine doit passer la nuit dans un gîte rurale mis à disposition.
Peu après, en fin de soirée, son père quitte les lieux seul. À peine la porte du gîte refermée, le cauchemar commence : l'homme brandit une arme pendant que sa complice bâillonne Martine, la ligote et la menace. Les sévices durent toute la nuit, incluant viols et violences inouïes.
Au matin, Martine est déposée en gare, les agresseurs utilisant sa carte de crédit pour acheter son billet. Les menaces pèsent sur elle : si elle parle, il y aura des représailles. Martine se rend immédiatement au commissariat à Bordeaux et l'affaire débute.
D'autres victimes, le même mode opératoire
Les enquêteurs se hâtent en Charente. Le gîte, loué sous une fausse identité, est vide. Sur place, des objets corroborant le récit de Martine sont découverts : cordes, bougie, faux papiers. Le couple circule à bord d'une Renault 25 sombre, rehaussée de plaques volées.
Peu après, une autre jeune femme, Catherine, se présente également à la gendarmerie, ayant répondu à une annonce pour un poste de femme de ménage. Son entretien a viré au piège, lui aussi : trois heures de violences avant d'être relâchée. Les portraits robots dressés ressemblent fortement à ceux dressés par Martine.
Le 3 février 1986, l'inquiétude s'intensifie : près d'Amiens, le corps de Geneviève, 38 ans, est découvert sur une route de campagne après une journée de travail. L'autopsie révèle des violations tragiques et des brûlures, laissant penser à une présence féminine sur les lieux du crime.
La traque s’intensifie à travers la France
Les observations d'une caissière orientent les gendarmes vers un couple circulant dans une Renault 25. Des clientes du salon de coiffure reconnaissent les portraits. Les enquêteurs identifient les suspects : Jocelyne Bourdin, 29 ans, et Marc Fasquel, 38 ans, déjà connus des services pour des escroqueries.
Les actes criminels se multiplient. Une femme, Bernadette, est agressée mais relâchée. Le 11 février, Christine disparaît et son corps est retrouvé dans un bois, violée et étranglée. Le même jour, Josette, infirmière, est victime de violences extrêmes puis conservée comme otage.
Josette, après un cauchemar de plusieurs heures, finit par alerter les gendarmes : "Ils vont recommencer." Le même jour, une aide-soignante est contrainte de monter dans leur voiture. Le plan Épervier est alors enclenché à l'échelle nationale, attirant l'attention de milliers de policiers et gendarmes.
Une cavale stoppée par les balles
Le 14 février 1986, près de Montauban, les forces de l'ordre identifient la Renault 25. Lors de la tentative d'arrestation, Fasquel est abattu par les gendarmes alors qu'il essaie de fuir. Jocelyne, quant à elle, se rend sans résistance, marquant la fin de leur cavale.
Inculpée de complicité dans les séquestrations, viols et meurtres, elle minimise son rôle en faisant valoir que Marc Fasquel avait le contrôle. Les victimes, y compris Martine, réfutent cette affirmation.
Le procès débute en mai 1989 à Montauban avec un bilan tragique : une dizaine de femmes agressées, dont deux assassinées. Quelle sentence pour Jocelyne Bourdin ? Retrouvez l'analyse de Thierry Sagardoytho dans cet épisode d'"Affaires classées".







