Adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 25 mars, la résolution portée par le Ghana a été soutenue par 123 pays, qualifiant la traite transatlantique des Africains de “crime le plus grave contre l’humanité”. Pour Le Pays, ce vote souligne l'importance de la mémoire de l'esclavage pour les populations africaines.
Cette initiative, antérieurement exposée lors de la 80e Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, a enfin trouvé écho. L’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté cette résolution, portée par le désir de mettre en lumière les injustices conçues durant la traite des esclaves. En effet, entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d'Africains furent déportés vers les Amériques et les îles atlantiques, dont beaucoup périrent en cours de route.
Pour honorer la mémoire de ces victimes, le Ghana a pris l'initiative de présenter cette résolution, affirmant ainsi que la traite atlantique représente le “crime le plus grave contre l’humanité”. Ce geste est également soutenu par l’Union africaine (UA) et la Communauté des Caraïbes (CARICOM), qui cherchent à rompre avec un passé douloureux.
Une résolution ne suffira pas
Bien que le Ghana ait raison de faire entendre sa voix après avoir subi de lourdes conséquences durant la traite, il convient de saluer l’ouverture de l’ONU en adoptant cette résolution. Néanmoins, la prudence est de mise.
Des pays tels que la France et le Royaume-Uni, en tant que membres permanents de l’ONU et anciennes puissances coloniales, auraient pu user de leur droit de veto pour bloquer pareille initiative. L'adoption de cette résolution est ainsi symbolique : elle représente un important pas en avant, tant pour le continent africain que pour le monde entier.
Émergent de ce tournant historique, la question des réparations pour l’Afrique se pose immédiatement. Les prochains mois pourraient nous éclairer sur cette problématique cruciale pour de nombreux Africains, toujours marqués par les cicatrices de la traite transatlantique.
Cependant, il est légitime de s'interroger sur l'impact que ce nouveau statut pourrait avoir. Certains craignent que cela n’alimente une radicalisation parmi les populations africaines, tant la mémoire de l’esclavage reste brûlante. Qualifier la traite négrière de “crime le plus grave” pourrait aggraver les rancœurs historiques.
Certaines nations ont commencé à reconnaître leurs erreurs passées, mais ces gestes sont souvent considérés comme insuffisants pour solder un passé aussi lourd. Les tensions entre Paris et Alger, par exemple, sont nourries par des questions mémorielles, tout comme les conflits entre la Belgique et ses anciennes colonies, dont la République Démocratique du Congo.
Comprendre le présent dans le rétroviseur de l’Histoire
Il est essentiel de se tourner vers le passé, mais tout autant de ne pas perdre de vue les crimes contemporains perpétrés dans notre monde actuel.
L'implication des grandes puissances dans l'ONU face à des atrocités contemporaines, comme les conflits en Ukraine ou en Iran, soulève des questions sur l'hypocrisie des politiques internationales. Ainsi, bien que la mémoire de la traite et de l'esclavage soit fondamentale, il serait erroné de négliger les injustices qui persistent aujourd'hui.
En conclusion, si cette résolution est un pas dans la bonne direction, elle doit s'accompagner d'actions concrètes et d'un engagement véritable pour le changement, aussi bien dans la mémoire du passé que dans notre lutte contre les violations des droits humains actuelles.







