Le monde de l'édition française, habituellement calme, est en émoi. Cent quinze écrivains ont décidé de refuser de publier de nouveaux ouvrages chez Grasset pour dénoncer le licenciement de leur PDG, Olivier Nora, qu'ils accusent de vouloir imposer sa vision éditoriale sous l'influence de Vincent Bolloré.
Cette situation explosive devrait faire l'objet de vifs échanges lors du Festival du Livre de Paris, qui commence ce jeudi soir au Grand Palais.
Avec l'absence de nombreux éditeurs, dont Grasset, qui fait partie d'Hachette, le leader de l'édition en France sous le contrôle de Bolloré, le salon s'annonce comme un lieu de tension où la littérature rencontre des enjeux de liberté d'expression.
Dans une lettre ouverte diffusée dans la nuit, ces écrivains dénoncent une "atteinte grave à l'intégrité éditoriale" de Grasset suite à l'annonce du départ d'Olivier Nora, qui dirigeait la maison depuis 26 ans. "Nous, auteurs de Grasset, ne publierons pas chez eux tant que cette situation persiste. Nous sommes plus de cent", affirment-ils.
vendredi dernier, la romancière Colombe Schneck a raconté à l'AFP : "Le départ d'Olivier Nora a constitué une véritable étincelle. Nous avons tous observé les dérives de Bolloré sur des médias comme iTélé ou Europe 1. Il nous semble crucial de ne pas laisser des maisons de l'édition tomber sous le contrôle d'une vision politique extrême."
Le collectif d'écrivains inclut des figures prestigieuses comme Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy et Claude Askolovitch, ce dernier notant sur France Inter que "Bolloré, c'est comme Attila : il ravage tout sur son passage sans se soucier des conséquences".
Pour l'heure, Hachette n'a pas encore réagi aux événements. Le groupe a pourtant annoncé la nomination de Jean-Christophe Thiery à la tête de Grasset, un proche de Bolloré, suscitant d'autant plus d'inquiétudes.
Les signataires de la lettre rendent hommage à Olivier Nora, saluant son rôle d'arbitre dans un environnement où écrivains aux perspectives variées cohabitaient pacifiquement. "Grasset était notre refuge professionnel, un lieu de diversité où Olivier était la clé de notre unité", revendiquent-ils.
Dans cette lutte, certains écrivains envisagent de récupérer leurs droits d'auteur sur les oeuvres publiées chez Grasset, une démarche partagée par d'autres auteurs ayant publié avec Fayard, une autre maison liée à Hachette.
Des rumeurs circulent selon lesquelles le départ d'Olivier Nora serait en rapport avec un ouvrage très attendu de Boualem Sansal, pourtant l'écrivain a fermement démenti cette hypothèse, affirmant que Nora "ne m'a jamais tenu responsable" de sa situation.
De son côté, le Festival du Livre de Paris s'efforce de se distancer des tensions tout en espérant accueillir plus de 100 000 visiteurs. Il mettra l'accent sur la lecture sous toutes ses formes, célébrant le thème du "voyage" à travers la littérature, la bande dessinée et plus encore.







