Dans la nuit de lundi à mardi, le Sénat a voté pour intégrer dans le projet de loi d'urgence agricole une mesure controversée qui autorise la réintroduction de pesticides interdits, ce qui suscite l'inquiétude du gouvernement. L'interrogation sur la pertinence de cette décision résonne particulièrement un an après les révoltes autour de la loi Duplomb.
Ce retour en force des demandes agricoles, après une colère persistante depuis l'hiver dernier, place les partis politiques dans une situation de division. Les associations de protection de l'environnement se sont mobilisées, et les sénateurs ont ressuscité certains des éléments critiques de la loi Duplomb, partiellement censurée par le Conseil constitutionnel l'année dernière.
Avec un score de 183 voix contre 129, la chambre haute a choisi d’autoriser la réintroduction temporaire et réglementée de deux insecticides – l’acétamipride et le flupyradifurone – qui, bien que prohibés en France, sont toujours utilisés sur le continent européen. Selon le sénateur Duplomb (Les Républicains), ce choix est nécessaire : "Nous sommes les seuls à interdire des molécules en Europe depuis plus de dix ans, ce qui nuit à notre production locale de fruits, nous amenant à importer massivement des produits traités avec ces mêmes pesticides." Il dénonce ainsi l'hypocrisie qui, selon lui, affaiblit des secteurs comme la betterave ou la cerise.
Les dérogations proposées viseraient précisément les filières en difficulté, une approche considérée comme "proportionnée" par ses défenseurs. En revanche, la gauche a dénoncé ce choix, accusant le Sénat de favoriser à nouveau une politique pro-pesticides, alertant les ONG sur les dangers de l'acétamipride, un néonicotinoïde potentiellement nocif pour la biodiversité et la santé humaine.
Le sénateur écologiste Daniel Salmon a qualifié cette décision de "renoncement énorme", tandis que Jean-Claude Tissot du Parti socialiste a qualifié cela de "retour inacceptable". Le gouvernement, conscient des enjeux en jeu, propre à une période de tension politique, pourrait voir sa capacité législative remise en question si les débats continuent dans cette direction. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a exprimé sa crainte que ce sujet polarisant ne mette en péril le texte dans son ensemble : "On ne nous le pardonnerait pas dans les fermes".
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a également souligné la nécessité de faire preuve de prudence face à des substances dont les effets sur la santé ou l'environnement pourraient être préoccupants.
Les négociations futures entre députés et sénateurs, programmées pour mi-juillet, porteront sur ce texte que le Sénat, à majorité de droite, pourrait modifier pour alléger les contraintes sur les agriculteurs, insistant également sur la gestion de l'eau et les protections contre le loup.
Ce volet controversé sur les insecticides n’est qu’une des nombreuses tensions de ce projet de loi. Annie Genevard a nié tout recul environnemental, malgré les préoccupations de sa collègue, faisant preuve d'une dissonance ministerielle qui risque d'aggraver les débats à venir. Alors que le pays sort d'une canicule, la discussion autour des mesures relatives à l'eau devient encore plus cruciale, notamment celles qui visent à atténuer les obligations environnementales.
Dans un climat tendu, des amendements supplémentaires sont attendus, indiquant que les débats s’annoncent longs et complexes.







