Les habitants de la Meuse et des Ardennes sont de plus en plus inquiets pour leur santé suite à la contamination de leur eau du robinet par des PFAS, souvent appelés "polluants éternels". Malgré un an sans possibilité de consommer l'eau potable, ils exigent désespérément des dépistages sanguins gratuits, à l'image de ce qui a été mis en place en Belgique.
"Je me pose des questions légitimes", déclare Guilaine Bernard, qui a été diagnostiquée d'un cancer du pancréas en mai 2025. Résidente de Haraucourt depuis 2008, elle évoque les risques potentiels liés à cette pollution. Aurore Thiébaut, habitante de Malandry, partage également ses inquiétudes, notant que deux de ses enfants ont subi des opérations rénales. "Est-ce lié à cette pollution?", s'interroge-t-elle, d'autant plus que certains professionnels de la santé semblent méconnaitre ce sujet révélateur.
La situation est d'autant plus alarmante que ces résidents ont, pour beaucoup, consommé cette eau contaminée durant des décennies. La source de cette pollution est attribuée à des boues issues d'une ancienne papeterie de Stenay, fermée en 2024. Les PFAS, notoirement indestructibles, s'accumulent non seulement dans l'environnement, mais aussi dans le corps humain, avec des impacts potentiels sur la fertilité et certains cancers.
En Belgique, la commune de Chièvres fait également face à une crise similaire. Les autorités belges ont lancé une campagne de biomonitoring en 2024, incluant des dépistages gratuits pour 6.000 volontaires, là où la France reste encore à l'écart de telles initiatives. Les élus et les riverains français plaident pour une étude épidémiologique plus approfondie, mais sans succès jusqu'à présent. Selon le ministère de la Santé, ces tests sanguins ne sont pas recommandés en raison de leur interprétation clinique jugée limite.
"C'est scandaleux", s'indigne Sandrine Vagenende, 50 ans, ancienne résidente de Blagny, qui souligne que le coût des tests sanguins, moyen de 68 euros, est prohibitif pour de nombreux habitants. Bien que certains aient pris les devants en faisant tester leur sang, les résultats montrent des taux d'imprégnation alarmants, jusqu'à 15 fois supérieurs aux normes de santé préconisées.
Xavier Coumoul, toxicologue à l'Université Paris Cité, explique que l’étude de ces polluants complexes rend les investigations épidémiologiques particulièrement délicates. Chaque individu étant exposé à un mélange unique de PFAS, il est difficile d'établir un lien direct entre l'exposition et les effets sanitaires. Dans ce contexte, des familles, comme celle d'Anne Abraham, qui a dû fermer son exploitation maraîchère en raison de la contamination, ont découvert par leurs propres moyens que leurs niveaux de PFAS dans le sang dépassent les seuils recommandés, atteignant jusqu'à 300 microgrammes par litre pour leur enfant de 9 ans.
Face à cette situation préoccupante, il apparaît urgent que la France prenne des mesures adaptées pour garantir la santé de ses citoyens. Alors que des familles se demandent si elles auraient mieux fait de rester de l'autre côté de la frontière, la nécessité d'une réponse adéquate s'impose avec force.







