Enquête. Alors que les températures grimpent dans tout le pays, les détenus en prison supportent des conditions extrêmes. La surpopulation, les infestations de nuisibles et un accès limité à l'eau rendent la situation particulièrement précaire, alerte la Contrôleuse des prisons.
"C'est insupportable", confie Raphaël, détenu en semi-liberté dans le Grand Est. Depuis le début de la canicule, il se retrouve enfermé dans une cellule de 13 mètres carrés avec un co-détenu souffrant de problèmes cardiaques. La chaleur y atteint des sommets, culminant à 36 degrés, aggravée par une humidité écrasante. Les douches défectueuses n'offrent que de l'eau brûlante, et le système de ventilation hors service ne fait qu'aggraver la situation. Des plaques rouges ont été observées sur sa peau, causées par la chaleur excessive, selon les médecins.
Etablissements inadaptés
Raphaël n'est pas seul à vivre cette horreur. En juillet, près de 90 000 détenus souffrent dans des conditions similaires. Une étude de l'association Notre affaire à tous a révélé que 100 % des établissements pénitentiaires sont soumis aux risques de canicule, peu importe leur localisation. L'année précédente, des mesures à 50 degrés avaient été relevées à Grenoble-Varces.
Les causes de cette dégradation des conditions de vie sont claires : les prisons souffrent d'une surpopulation alarmante (140 % de capacité), d'un état de vétusté et ne sont pas conçues pour résister aux vagues de chaleur. Dans ces espaces exigus, où se côtoient toilettes, lavabos et douches, les détenus doivent parfois partager leur lit avec plusieurs compagnons d'infortune, certains n'ayant même pas de matelas.
Un principe légal, établi depuis 1875, stipule que l'encellulement doit être individuel, mais les amendements successifs au Parlement ont sans cesse contourné cette exigence. En prime, des nuisibles tels que les punaises de lit, les cafards et les rats infestent ces lieux. "Ce ne sont pas des rats qui s'enfuient à la vue des humains, mais ceux qui vivent sans crainte de nous", témoigne Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
Tensions
Ces conditions critiques exacerbent les tensions. Sami*, incarcéré en Île-de-France, craint que la situation n'explose s'il devait partager sa cellule avec un troisième détenu. Au-delà de sa propre détresse, il témoigne également des troubles ayant conduit d'autres à des conséquences tragiques, notamment des troubles disciplinaires. Pourtant, malgré l'agitation, il fait preuve de solidarité en partageant ses ressources limitées.
En matière de ressources, les détenus ont peu à espérer, surtout quand l'accès à l'eau fraîche est limité. Avec moins de 40 euros par mois, leurs portions sont sévèrement restreintes. L'eau du robinet, souvent tiède, est leur seule alternative en dehors de l'achat payé.
Malgré des directives instaurées après la canicule de 2003, l’UFAP UNSa justice juge que les progrès sont minimes. Wilfried Fonck, secrétaire national du syndicat, affirme que les conditions restent similaires à celles que l’on connaissait auparavant. Les établissements deviennent de véritables fours, dépassant régulièrement les 30 degrés. "Il n'y a rien d'abouti pour faire face à ces événements climatiques. C'est une situation insoutenable pour tout le monde", dénonce-t-il.
Le député Ugo Bernalicis déplore également une situation où la sécurité des détenus est compromis face aux chaleurs insupportables. "Nous fonctionnons dans un climat de désespoir. Chaque jour, les drames se multiplient, allant jusqu'à des suicides ou des agressions entre détenus", confie Dominique Simonnot, qui reste un témoin clé de cette tragédie humaine.
Le personnel subit aussi la chaleur
La crise de chaleur n'épargne pas le personnel pénitentiaire. Équipés de gilets de protection lourds et de vêtements inadaptés aux fortes chaleur, les surveillants doivent également composer avec cette canicule. L'accès à l'hydratation se fait rare, compliquant leur travail déjà dur. "Le personnel lui aussi cède sous la pression. Tout dérapage peut rapidement dégénérer", prévient Wilfried Fonck.
A cela s’ajoute un manque de ressources humaines criant. Avec 5 000 postes vacants, la situation reste tendue, alors que la population carcérale continue de croître. "Nous sommes dans une impasse", résume Dominique Simonnot.
Pour remédier à cette crise, la Contrôleuse des prisons appelle le gouvernement à envisager des mesures d'urgence semblables à celles appliquées lors de la pandémie de Covid-19, qui a permis d'accorder la libération anticipée à quelque 10 000 détenus. Une initiative appuyée par l’UFAP UNSa qui se déclare prête à soutenir toute démarche visant à alléger la pression dans les établissements pénitentiaires. La nécessité d'une action urgente ne saurait être plus claire.
*Le prénom a été changé







