Des milliers de médecins libéraux, en grève depuis ce lundi, ont défilé à Paris samedi pour s'opposer à ce qu'ils considèrent comme une "dérive autoritaire" menaçant leur "liberté d'exercice". Ils demandent à Sébastien Lecornu, le Premier ministre, de leur faire des propositions concrètes.
« Maltraiter les soignants, c'est maltraiter les patients », affichait la banderole de tête, soutenue par les syndicats qui représentent les différents corps de métiers. Les médecins, arborant leurs blouses blanches, ont scandé des slogans tels que "on veut des soignants pas des sanctions" et "la Sécu parle chiffres, nous parlons patients", tout en adressant de vives critiques au gouvernement.
« La mesure phare qui nous met en colère, c'est la mise sous objectifs pour les arrêts de travail », déclare Elise Mercier, médecin généraliste bernée par cette contrainte. « Cela sape notre travail quotidien, et c'est tout simplement insultant », ajoute-t-elle, évoquant la limitation des arrêts de travail imposée par l'Assemblée nationale en décembre dernier.
Muriel Kolmer, anesthésiste libérale, exprime également son inquiétude face à des conditions de travail se dégradant fortement : « Les attaques récentes sur notre secteur nous empêchent d'exercer correctement notre métier ». La possibilité accordée à l'Assurance maladie d'imposer unilatéralement des tarifs médicaux a amplifié leur mécontentement, amenant Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), à affirmer que « nous voulons défendre notre liberté ».
« Il y a une inadéquation entre l'augmentation des besoins de soins et la diminution des moyens alloués à la santé », déplore Agnès Giannotti, présidente du premier syndicat des généralistes. Cela a conduit les médecins à intensifier leur mobilisation, marquant une grève nationale allant jusqu'au 15 janvier, avec un point d'orgue attendue au début de la semaine prochaine, où de nombreuses cliniques privées fermeront leurs blocs opératoires.
La grève, jugée "historique" par les syndicalistes, a conduit l'intersyndicale à refuser un rendez-vous avec la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, estimant qu'elle était déjà informée des points blocants. Selon ces représentants, au moins 80% des praticiens participent à cette mobilisation qui prend parfois la forme de "grèves perlées", permettant quelques journées d'ouverture pour ne pas impacter les patients.
En parallèle, la réforme instaurant une quatrième année de médecine générale suscite des inquiétudes parmi les internes, qui dénoncent une mise en place mal conçue, prévoyant un manque de places pour permettre aux étudiants d'effectuer leur stage en libéral. La ministre de la Santé a relevé une diminution de l'activité de 19% chez les généralistes et 12% chez les spécialistes, des statistiques que ces derniers jugent non représentatives de la réalité.
La mobilisation, soutenue par des figures politiques comme Bruno Retailleau des LR, pourrait bien forcer le gouvernement à reconsidérer ses projets face à un secteur médical sous pression.







