"Plus d'un an à attendre un rendez-vous..." Dans la petite commune de Lafox, en Lot-et-Garonne, les habitants ont la chance de bénéficier d'un cabinet mobile de dermatologie, une initiative conçue pour pallier le manque de spécialistes et améliorer l'accès aux soins dans les zones rurales.
À son arrivée au cabinet Mobil'Derm, stationné près de la mairie, Laetitia Coumau exprime sa satisfaction d'avoir enfin pu consulter une dermatologue près de chez elle, évitant ainsi des déplacements jusqu'à Bordeaux ou Toulouse, à près de 1h30 de route.
"Ça faisait plus d'un an que je cherchais un rendez-vous, en vain," témoigne l'agricultrice de 39 ans. "Les dermatologues ne prennent pas de nouveaux patients et il est difficile de trouver un professionnel pour obtenir un avis.”
Comme dans de nombreuses régions de France, les patients souffrant de problèmes dermatologiques subissent des délais d'attente considérables en Nouvelle-Aquitaine, ce qui peut entraîner de graves conséquences pour leur santé.
Chaque jour, ce cabinet mobile accueille environ 25 patients, avec une dermatologue du Pays basque qui vient assurer des consultations pendant deux jours, sur son temps personnel.
- "On se sent utile" -
"Je vais gagner cinq fois moins qu'en cabinet, mais cela n'a pas d'importance," déclare la Docteure Blandine de Carrère, en service à Saint-Jean-de-Luz. "C'est ici que l'on se sent vraiment à notre place, en retour aux racines de notre métier. Cela nous sort de notre routine et c'est très enrichissant.”
Le cabinet, conçu pour un budget de 200.000 euros par la Société française de dermatologie (SFD) avec le soutien de la Fondation Renault, est équipé d'une table d'examen et des outils nécessaires pour divers soins, comme l'électrocoagulation, les biopsies et même la cryothérapie.
Cette initiative, qui réunira une trentaine de médecins au cours des six mois à venir, se déploie dans plusieurs départements de Nouvelle-Aquitaine, avant de s'étendre aux Hauts-de-France et à d'autres régions.
Les patients, référés par leur médecin généraliste, prennent rendez-vous via Doctolib. Pour simplifier les démarches administratives, le dermatologue temporairement engagé est salarié d'un centre de santé local, en collaboration avec la municipalité.
- "Une détresse palpable" -
"Nous faisons face à une pénurie critique de médecins dans notre département", témoigne Murielle Cristofoli, première adjointe au maire de Lafox. "Il y a une telle détresse, les gens sont désespérés... C'est une petite avancée, mais elle est nécessaire."
Actuellement, on recense environ 2.900 dermatologues en France, contre 4.000 il y a une quinzaine d'années, principalement en raison du manque de remplacements de médecins partant à la retraite. Ce constat a mené à la création de Mobil'Derm, projet budgété à près de 1 million d'euros.
Ce cabinet mobile représente une première en France pour les consultations dermatologiques, souligne la Professeure Marie Beylot-Barry du CHU de Bordeaux, à l'origine de cette innovation.
Lorraine Colbert, une dermatologue retraitée, a également décidé de reprendre du service pour éviter aux patients de subir des pertes de chances en raison de l'indisponibilité des consultations. "Aller vers les patients, c'est essentiel. Ils sont si reconnaissants. J’aurais fait cela bénévolement,” confie-t-elle.
Dans le département voisin de la Gironde, malgré une meilleure densité de médecins, Léa Fougerouge, assistante médicale et conductrice du camion, raconte : "Les demandes affluaient toutes les minutes ; les gens frappaient à la porte du véhicule, désespérés."
Danièle Crassat, 77 ans, a fait le déplacement à Lafox pour consulter sur son psoriasis, mais sans avoir de rendez-vous. Elle repart en espérant obtenir une consultation au Mas-d'Agenais dans les semaines à venir. "C'est une bonne initiative, mais j'espère qu'ils assureront un suivi,” exprime-t-elle.
La Professeure Beylot-Barry assure que le cabinet itinérant doit servir de lien avec d'autres dermatologues des départements voisins pour organiser des interventions urgentes. "Ce n'est pas un service ponctuel, c'est une démarche essentielle pour nos patients. La régularité est cruciale."







