Des systèmes automatisés transportant des plaques de silicium évoluent au sein d'une nouvelle usine de Kioxia, l'une des sociétés les plus influentes du Japon. Avec l'essor monumental de l'intelligence artificielle (IA), l'entreprise cible la réponse à une demande exceptionnelle.
La compétition mondiale pour établir des centres de données dédiés à l'IA a stimulé la productivité des fabricants de semiconducteurs, entraînant des pénuries et des hausses de prix, surtout concernant les composants de mémoire.
Kioxia en tire un avantage non négligeable : peu reconnue du grand public, elle a vu la valeur de ses actions multipliée par sept en seulement un an, surpassant même Toyota en juin dernier en termes de capitalisation boursière nationale.
D'autres acteurs asiatiques, longtemps dans l'ombre, émergent aussi, comme le sud-coréen SK Hynix, qui a récemment fait un grand pas à Wall Street après avoir levé des fonds records.
Les systèmes d'IA ont besoin de puces mémoire pour le stockage des informations, en plus de processeurs puissants capables de produire des réponses et des images.
Avec l'essor rapide de l'IA, Hiroo Ota, président de Kioxia, a exprimé sa confiance quant à la croissance continue du marché de la mémoire flash, notamment lors de l'inauguration de leur nouvelle usine de semiconducteurs dans le nord du Japon, en septembre.
Kioxia se spécialise dans les puces NAND, qui préservent les données même sans alimentation : elles sont omniprésentes dans les smartphones, cartes mémoire et clés USB, et leur demande augmente en raison des besoins croissants des agents d'IA.
- Concurrence chinoise -
L'analyste MS Hwang souligne que l'augmentation du cours de Kioxia illustre une "normalisation" d'un secteur jusqu'alors sous-estimé. Toutefois, il met en garde contre les défis liés à la compétition, notamment face au chinois Yangtze Memory Technologies Co (YMTC), un concurrent en pleine expansion.
Des inquiétudes subsistent concernant une potentielle bulle infligée par les investissements massifs dans l'IA et les valorisations élevées du secteur.
La nouvelle usine, visitée par l'AFP, est le second site du groupe dans cette région. Avec des salles blanches étroitement contrôlées, les machines gravent les puces en éliminant tout risque de contamination.
L'impact économique est palpable pour les habitants locaux. Noriyuki Takahashi, un recruteur de 47 ans, exprime sa satisfaction face à la création d'emplois et l'amélioration du climat économique. Cependant, Hana, 57 ans et gérante de bar, aborde la situation avec prudence : "Les semiconducteurs ont toujours connu des hauts et des bas. Les gens s'inquiètent de la durabilité de cette tendance".
Historiquement, le Japon dominait le marché mondial des semiconducteurs, représentant près de la moitié du marché dans les années 1980, tandis qu'il n'en représente plus que 10% aujourd'hui. En réaction, le gouvernement ambitionne de multiplier par huit les revenus du secteur d'ici 2040, et des pôles technologiques émergent à Hokkaido, tandis que TSMC s'implante à Kyushu.
Pour certains experts, l'IA exacerbe les cycles déjà saillants dans cette industrie. Kioxia, héritière de la division mémoire de Toshiba, lancera bientôt son introduction en Bourse aux États-Unis et prévoit des gains spectaculaires.
À Kitakami, de nombreux salariés évoquent des primes nettement plus élevées, mais la concurrence demeure rude, particulièrement avec Taïwan, laissant l'avenir incertain. "Pour l'instant, c'est optimiste, mais combien de temps cela va-t-il durer ?", résume une habitante.







