Durant ces trois jours d'audience, l'enquête a mis en lumière l'intervention des CRS dans le Burger King de l'avenue de Wagram, le 1er décembre 2018, suite à une manifestation des gilets jaunes. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont été accusées d'avoir utilisé un niveau de violence inapproprié contre des manifestants qui tentaient d'échapper aux gaz lacrymogènes.
Les CRS ont reconnu, à la barre, avoir infligé trop de coups. Ils ont décrit des conditions de travail éprouvantes, avec des interventions pouvant aller jusqu'à treize heures sans nourriture ni repos. "Nous avons tous eu peur pour nos vies", a déclaré l'un des agents, ce qui met en lumière le stress et les enjeux psychologiques auxquels les forces de l'ordre se confrontent.
Victimes d'un contexte insurrectionnel
Les fonctionnaires de police ont justifié leur comportement par un "context insurrectionnel inédit" et une peur palpable de la violence. L'un d'eux a expliqué, "Nous étions épuisés, on a fait une méprise sur les intentions des manifestants." Cet appel à compréhension face aux conditions de stress élevé a été relayé par des experts en sociologie criminelle, soulignant la pression à laquelle sont soumises les équipes de maintien de l'ordre.
Me Emmanuel Daoud, représentant l'une des victimes, a noté que tous les CRS présents n'avaient pas agi de la même manière, laissant entendre que des choix stratégiques auraient pu être faits. Certains agents, composant avec une absence de commandement clair, ont pris des décisions qui auraient pu être évitées.
Des critiques ont également été dirigées vers la chaîne de commandement, évoquant un manque de soutien pour les agents sur le terrain. "La DOPC n'a pas su fournir le secours nécessaire à nos agents", a déclaré un des policiers en témoignant, ajoutant que la hiérarchie les avait laissés livrés à eux-mêmes.
Les enseignements d'une opération chaotique
Ce jeudi, la procureure a rappelé que ce procès n'est pas celui de la police dans son ensemble, mais des pratiques spécifiques et des modalités d'exécution de l'ordre. Elle a souligné que si la peur des agents était réelle, "le désordre ne peut servir de justification pour suspendre le droit".
"Le désordre ne suspend pas le droit. Ce qui se passe dehors ne peut pas servir de permis général à tout ce qu'il se passe dedans".
Les réquisitions ont réservé des peines de six à vingt mois de prison avec sursis, reflétant la nécessité d'une réforme dans la gestion des interventions policières. Me Laurent-Franck Liénard, l'avocat des prévenus, a reconnu que certaines réactions étaient excessives, tout en défendant la nécessité d'une reconsidération des circonstances entourant l'incident.
Ce procès, dont le verdict est attendu pour le 17 mars, soulève des questions cruciales sur la responsabilité des forces de l'ordre face à l'usage de la force, un sujet brûlant aux yeux de l’opinion publique et qui pourrait influencer les futures stratégies de maintien de l’ordre en France.







