Afrique du Sud : retour des tensions xénophobes sous fond de crises économiques

Une montée des manifestations xénophobes secoue l'Afrique du Sud, ravivant de vieux démons.
Afrique du Sud : retour des tensions xénophobes sous fond de crises économiques
Des personnes manifestent contre l'immigration clandestine le 20 mai 2026 à Durban, en Afrique du Sud. Le groupe plaide pour une application plus stricte de la législation en matière d'immigration, un contrôle strict des frontières et l

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud connaît une recrudescence des manifestations antimigrants, marquées par des discours xénophobes de plus en plus présents à travers le pays. Des groupes d’autodéfense ont lancé un ultimatum aux étrangers en situation irrégulière pour qu'ils quittent le territoire d’ici le 30 juin, un avertissement qui n’a pas de valeur légale mais qui nourrit les craintes de violences. Les avis sont partagés sur l'implication du gouvernement dans cette crise.

Selon des statistiques officielles, le pays abrite environ trois millions d’immigrés en situation régulière, représentant 5,1 % de sa population. La majorité provient de pays d’Afrique australe, touchés par des crises économiques comme le Zimbabwe et le Malawi. Cette situation soulève des interrogations quant aux origines et aux motives de ce renouveau xénophobe. 20 Minutes vous en dit plus.

Quel est l’élément déclencheur ?

Sans qu’un événement spécifique ne puisse être identifié, une accumulation de manifestations contre les immigrés clandestins a installé le climat actuel. Déjà à la fin de l'année 2025, plusieurs actions avaient cherché à restreindre l’accès des hôpitaux aux immigrants sans papiers. Les derniers rassemblements, souvent modérés en nombre, révèlent un ras-le-bol accru face à un taux de chômage voisin de 33 % et une pauvreté grandissante. Les étrangers, en particulier les travailleurs africains, deviennent des boucs émissaires, comme le souligne William Gumede, professeur à l’Université du Witwatersrand, qui évoque une spirale de discours xénophobes exacerbée par des enjeux électoraux.

Historiquement, l’Afrique du Sud a été le théâtre de violences xénophobes. En 2008, plus de 60 personnes avaient perdu la vie au cours d'émeutes antimigrants. Des événements similaires ont suivi en 2015 et 2016, et en 2019, des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg avaient été attaqués, entraînant la mort de plusieurs personnes. Pour Sandile Swana, politologue, la loi n'est pas appliquée contre les groupes d'autodéfense qui portent atteinte aux droits des minorités. Ce qui marque cette vague actuelle, c’est la normalisation de la rhétorique xénophobe dans le discours public, un phénomène davantage répandu qu'à l'accoutumée.

Qui organise ces rassemblements ?

Les rassemblements sont orchestrés par un amalgame de partis politiques et de mouvements antimigrants. La présence d’hommes vêtu de tenues traditionnelles zoulous souligne le caractère identitaire de ces manifestations, où les migrants sont souvent accusés d'alimenter la criminalité et de faire main basse sur les emplois des Sud-Africains. Jacinta Ngobese-Zuma, figure centrale de ce mouvement, a affirmé que son groupe, bien que minoritaire, clame haut et fort la nécessité de voir partir les étrangers en situation irrégulière.

Une campagne virulente sur les réseaux sociaux, amplifiée par la couverture médiatique, intensifie la portée de ce mouvement. Pour Sandile Swana, l’opportunisme politique de groupes d’extrême droite se mêle à cette violence, détournant l’attention des véritables problématiques économiques du pays.

Quelles ont été les réactions ?

En réaction, plusieurs pays africains, dont le Kenya, le Malawi, et le Zimbabwe, ont mis en garde leurs ressortissants en Afrique du Sud. Le Ghana a même saisi l’Union africaine pour envisager un rapatriement de ses citoyens. Les Nations unies ont exprimé leur profonde préoccupation, tout comme Human Rights Watch, qui a dénoncé l'inaction des autorités sud-africaines. Le gouvernement, tout en rejetant les accusations de xénophobie, met en avant la nécessité de solutions aux crises économiques qui alimentent les flux migratoires. Cependant, la réputation de l’Afrique du Sud à l'étranger souffre de cette dissonance entre les actes et l'image d'un pays défenseur des droits humains, un constat alarmant pour William Gumede qui souligne que cette image est désormais largement compromise.

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