Les eurodéputés ont donné le feu vert, mercredi 17 juin 2026, à la commercialisation des plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT), malgré un long parcours avant leur disponibilité sur le marché.
Le Parlement européen a approuvé, ce 17 juin 2026, les nouvelles techniques génomiques (NGT), susceptibles d'augmenter la résistance des cultures à divers facteurs environnementaux. Cependant, cette avancée suscite des inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement et les agriculteurs de petite taille. La décision a été prise au Parlement de Strasbourg, où tous les amendements visant à relancer les discussions ont été rejetés.
Ces NGT permettent de créer des variétés de plantes plus économes en eau et en pesticides, ou encore de développer des blés à faible teneur en gluten. Contrairement aux OGM traditionnels, elles modifient le génome des plantes sans intégrer d'ADN étranger. Il s'agit d'OGM, mais non transgéniques. Le débat sur ces biotechnologies divise la communauté agricole en Europe.
Une solution face au changement climatique
Traditionnellement classées parmi les OGM, qui sont prohibés dans l'Union européenne à l'exception de certaines cultures comme le maïs Monsanto 810, ces techniques d'édition génomique sont désormais reconnues pour leur potentiel.
La rapporteure de cette législation, l'eurodéputée Jessica Polfjärd (PPE, droite), souligne que cette technologie pourrait « permettre de cultiver des variétés de plantes plus résistantes au changement climatique tout en augmentant les rendements sur des surfaces réduites ».
Des agriculteurs des Antilles soutiennent également cette initiative pour contrer des ravageurs dans les bananeraies, tandis que des organisations agricoles telles que Copa-Cogeca militent pour son adoption, invoquant la nécessité de rester compétitifs face aux États-Unis et à la Chine. Néanmoins, les agriculteurs bio et de petites exploitations s'y opposent fermement.
Des inquiétudes sur la privatisation du vivant
Le jour précédant le vote, la Confédération paysanne, l'un des principaux syndicats français, avait rassemblé une soixantaine de producteurs en protestation. Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne, a exprimé sa préoccupation, jugeant ces NGT comme un « risque majeur » de privatisation du vivant et d'homogénéisation des cultures. Ces craintes sont exacerbées par l'influence d'un puissant lobby agro-industriel.
En dernière minute, le socialiste Christophe Clergeau a tenté d'introduire un amendement pour interdire les brevets sur les NGT, arguant que cela pourrait conduire à une concentration excessive du marché au sein de grandes entreprises, menaçant ainsi les petits producteurs européens. Malheureusement, ses propositions ont été écartées.
La défense des NGT est toutefois forte au sein du Parlement, traversant les clivages politiques. L'eurodéputé centriste Pascal Canfin a d'ailleurs affirmé : « Nous avons établi un modèle européen des NGT qui servira nos agriculteurs sans à avoir à imiter les pratiques américaines ou brésiliennes. »
Un manque d'étiquetage dans les rayons
En vertu du compromis trouvé avec les États membres, certaines NGT de catégorie 1, soumises à un nombre restreint de mutations, seront considérées comme équivalentes aux variétés traditionnelles. En revanche, celles produisant des herbicides ou insecticides seront bannies du marché, dans un souci de durabilité. Notons aussi qu'aucune NGT ne sera admise en agriculture biologique.
Bien que l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) ait soutenu cette démarche, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a recommandé dans son avis de 2024 une évaluation « au cas par cas » des risques potentiels avant la commercialisation. Entre la phase d'expérimentation et l'arrivée des NGT sur le marché, un certain délai est à prévoir. Les organisations environnementales, dont Pollinis, s'inquiètent cependant de l'absence d'étiquetage pour les consommateurs, alors que les informations sur les NGT devront figurer sur les sacs de semences mais pas sur les produits finis.







