Le samedi 10 janvier 2026, des milliers de médecins libéraux ont pris d'assaut les rues de Paris, en grève depuis lundi, pour protester contre une « dérive autoritaire » qu'ils jugent menaçante pour leur « liberté d'exercice ». Ils appellent le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à faire des propositions significatives.
« Maltraiter les soignants, c'est maltraiter les patients », affirmait une banderole en tête de cortège, portée par des syndicats représentant les professionnels de santé. Les manifestants, vêtus de blouses blanches, ont vocalisé des slogans percutants tels que « Nous voulons des soignants pas des sanctions » et « La Sécu parle chiffres, nous parlons patients ». Pour le gouvernement, ils rappellent avec force qu'« nous ne sommes pas des pions de vos échecs ».
Élise Mercier, généraliste à La Haie-Fouassière près de Nantes, a exprimé son indignation face à une mesure qui impose des objectifs pour la justification des arrêts de travail, la qualifiant d'insultante. « On s'efforce de faire du mieux possible pour que les arrêts soient justifiés. Cette obligation saccage notre quotidien », a-t-elle ajouté.
En décembre, l'Assemblée nationale a adopté une mesure limitant à un mois le temps des premiers arrêts de travail et à deux mois pour un renouvellement. « Nous constatons une dégradation de nos conditions de travail, et ces attaques sur notre secteur entravent notre capacité à travailler correctement », a commenté Muriel Kolmer, anesthésiste de Mulhouse.
La défense de la liberté d'exercice
Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), a souligné la nécessité de préserver la liberté des médecins, dénonçant l'autorité unilatérale donnée au directeur de l'Assurance maladie pour fixer les tarifs médicaux. « En France, alors que les besoins de soins augmentent, les moyens dédiés à la santé se réduisent. Une inadéquation se crée, entraînant une dérive autoritaire », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Ce mouvement s'inscrit dans une grève qui se poursuit jusqu'au 15 janvier, avec un pic d'activité prévu au début de la semaine prochaine lorsque plusieurs cliniques privées devront fermer leurs blocs opératoires. Décrivant la mobilisation comme historique, Devulder a exigé des réponses concrètes du gouvernement, signalant que des mesures précédemment convenues, comme la suppression de la surtaxation des honoraires excédentaires, avaient permis quelques avancées.
Les médecins s'opposent fermement à d'autres propositions de loi en discussion, telles que l'imposition d'objectifs de réduction des prescriptions pour ceux qui prescrivent plus que leurs pairs. « Nous demandons que notre convention médicale soit respectée », a déclaré Patricia Lefébure, présidente du syndicat FMF.
Les internes également mobilisés, se sont montrés critiques face à la réforme de la quatrième année de médecine générale, précisant qu'elle pourrait les contraindre à prolonger leur séjour à l'hôpital faute de places adéquates. Selon une estimation de la ministre de la Santé, l'activité des généralistes aurait chuté de 19 % mardi, une statistique contestée par les syndicats qui affirment que 80 % des praticiens participent à ce mouvement de grève, souvent organisé sous forme de « grève perlée ».
Avec un soutien affirmé du parti Les Républicains, Bruno Retailleau a dénoncé une trahison du gouvernement à l'encontre de la médecine libérale, pointant du doigt une gestion qui semble mépriser les attentes des professionnels de santé.







