Dans un rapport d’une ampleur significative, l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) soulève des inquiétudes quant à la "large disponibilité" de substances psychoactives variées. Publié ce mardi 9 juin 2026, ce rapport révèle également une diversification inédite des méthodes de transport.
Le document souligne les conséquences humaines liées à l'usage des drogues, avec des chiffres alarmants indiquant au moins 7 600 décès par surdose dans 29 pays, incluant les 27 États membres de l’UE. Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, a exprimé ces préoccupations dans un communiqué en parallèle du rapport.
La directrice exécutive de l'EUDA, Lorraine Nolan, a affirmé que "les marchés des drogues évoluent à une vitesse affolante, rendant la diversité des substances sur les marchés européens totalement imprévisible", ajoutant que cette complexité augmente le risque pour les consommateurs qui peuvent ingérer des drogues dangereusement puissantes sans en être conscients.
Une nouvelle substance détectée chaque semaine en moyenne
L’EUDA souligne également que la polyconsommation est courante, avec l’association de différentes drogues augmentant les risques. En réponse, l’agence insiste sur la nécessité d’accroître les investissements dans la prévention, le traitement et la réinsertion sociale des consommateurs. Magnus Brunner a averti que le trafic de drogue s’étend au-delà de la simple criminalité, s’associant au blanchiment d'argent, à la corruption, et même à la traite des êtres humains.
Le rapport explore l’évolution des habitudes de consommation et le marché des stupéfiants parmi les 27 pays de l’UE, ainsi que la Norvège et la Turquie. En effet, l’agence a observé que de nouvelles substances psychoactives (NSP) continuent d’émerger à un rythme d’environ une par semaine. En 2025, 50 nouvelles NSP ont été rapportées pour la première fois, portant le total à 1 050 substances surveillées par l'EUDA.
La diversification des offres de produits à base de cannabis soulève aussi des inquiétudes pour la santé publique. L’adultération de ces produits par des cannabinoïdes synthétiques puissants et leur grande disponibilité augmentent les risques de conséquences néfastes, alerte l'EUDA. Ces substances sont souvent commercialisées sous forme de cigarettes électroniques et de produits alimentaires, ce qui soulève des questions sur leur attrait pour les jeunes consommateurs.
La kétamine, un usage détourné de plus en plus fréquent
Les nouveaux opioïdes de synthèse suscitent de vives inquiétudes. En 2025, sept nouveaux opioïdes ont été identifiés via le système d'alerte précoce de l'UE, y compris des nitazènes et des orphines. La kétamine, bien qu’encore utilisée principalement en anesthésie, fait l'objet d’un usage détourné croissant. Alors que sa consommation globale demeure relativement faible, elle s'est répandue dans certains cercles sociaux parmi les jeunes et dans les milieux nocturnes. Environ 4,3 millions d'Européens âgés de 15 à 64 ans ont consommé de la cocaïne durant l'année dernière, selon le rapport, qui met en lumière une prévalence forte de cette drogue à travers l’Europe.
Sur le plan logistique, les trafiquants diversifient leurs itinéraires pour éviter la détection, en utilisant de plus en plus des ports moins surveillés, des transferts maritimes avec des vedettes rapides et des techniques de dissimulation avancées. L'EUDA signale également une augmentation des envois de cannabis provenant du Canada et des États-Unis.
Le trafic se diversifie vers de plus petits ports
Concernant la cocaïne, après des années de saisies historiques, le volume intercepté en Europe a chuté à 330 tonnes en 2024, contre 419 tonnes en 2023. Toutefois, le nombre de saisies a atteint 97 000, ce qui semble indiquer que les trafiquants privilégient désormais des envois de plus petite taille et donc moins détectables, selon l'EUDA.
« Le trafic se concentre sur des ports moins importants », a précisé Lorraine Nolan. Elle a aussi souligné l'importance pour l'Alliance européenne des ports d’accompagner ces nouvelles tendances par des formations et une sensibilisation adéquate. Magnus Brunner a appelé à une stratégie globale de la Commission européenne, insistant sur la nécessité d'agir simultanément sur l'offre et la demande par des politiques préventives et répressives.







