Pourquoi le conservatisme prend-il racine dans des pays libéraux comme le Royaume-Uni tandis qu'il est rejeté dans une nation qui se veut conservatrice, comme la France ? Plongeons dans ce débat captivant.
Le Point titrait en décembre 2025 : « Le coming out conservateur de Yannick Jadot », qui a récemment publié un ouvrage plaidant pour une écologie moins dogmatique. En précisant qu'il est « conservateur mais pas réac », Jadot semble se rapprocher d'un conservatisme à la britannique. Non sans ironie, la critique qui lui fut faite par l’urbaniste Catherine Tricot, citant l'architecte Paul Chemetov sur l'idée que « conserver, c'est transformer », illustre parfaitement la définition du conservatisme dans les îles britanniques.
Le conservatisme britannique : graduel et maîtrisé
Les fondements du conservatisme britannique ont été établis par Robert Peel en 1834, avec son Tamworth manifesto. Ce dernier insistait sur la défense de l'Église anglicane, l'adhésion au Reform Act et une évaluation prudente des institutions. Le Parti conservateur, qui a adopté ce nom en 1832, ne s'est jamais opposé au changement, pourvu qu'il soit gradualiste et réfléchi, garantissant ainsi la stabilité institutionnelle.
Benjamin Disraeli, Premier ministre entre 1874 et 1880, devra aussi répondre à la dualité sociale de l'époque. Il appela à une meilleure compréhension entre riches et pauvres, tout en promouvant une série de lois afin d'améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière. Son approche préfigurait des éléments de conservatisme social où la déférence et le respect mutuel étaient des valeurs clés.
Thatcher : libéralisme ou conservatisme ?
Margaret Thatcher, élue en 1979, incarne une pensée libérale au sein du Parti conservateur. Elle a mis en œuvre des mesures de dérégulation qui, bien que controversées, ont façonné une nouvelle dynamique économique. Pourtant, ses réformes ont bouleversé l'équilibre traditionnel du conservatisme, illustrant ainsi « l'individualisme » au crédit du mouvement.
Conservatisme moderne : entre tradition et adaptation
David Cameron, premier ministre de 2010 à 2016, a tenté un retour aux valeurs traditionnelles avec son projet de « Big Society ». Bien qu'attrayante dans son essence, cette approche suscite des doutes quant à sa mise en pratique à grande échelle. Le conservatisme y revient, réhair de nouveaux secteurs, tout en modernisant son image avec des réformes telles que le mariage homosexuel, illustrant ainsi la capacité d'évolution du mouvement britannique.
Conservatisme : une étiquette mal aimée en France
À l'opposé, le conservatisme est souvent perçu en France comme un repoussoir. Malgré les pensées de spécialistes, le terme reste entaché d'une image de refus du changement. La droite se qualifie souvent de libérale, n’acceptant qu’avec hésitation le conservatisme sur des sujets sociétaux. Les tentatives d’affirmation d’un conservatisme véritable apparaissent comme des épisodes réactionnaires, laissant la notion désincarnée et discréditée.
Le philosophe Marcel Gauchet soulève une question essentielle : la nature profondément conservatrice de la France pourrait être le frein ultime à l’émergence d’un mouvement conservateur solide. Pendant que le Royaume-Uni semble porter intactes ses traditions, la France accumule les révolutions politiques, illustrant finalement un désir de transformer le statu quo sans remises en question des avantages acquis. C’est là une ironie qui mérite d’être explorée plus avant : la France, tout en rejetant l’étiquette conservatrice, en porte les marques profondément ancrées.







