Le parquet de Grenoble a récemment formulé un appel à témoins pour retrouver des victimes de Jacques Leveugle, un homme de 79 ans, étrangement silencieux pendant près d’un demi-siècle. Éducateur dans diverses écoles et associations, il serait responsable de viols et d'agressions sexuelles sur des adolescents entre 1967 et 2023. Étonnamment, il aurait aussi avoué deux meurtres.
Cette enquête se révèle particulièrement complexe, tout comme le profil de Leveugle. Étiqueté par le procureur de Grenoble, Étienne Manteaux, comme un individu ayant surgi d’un autre temps, il n’a jamais été vu comme une menace pendant toutes ces années. Le 10 février dernier, le magistrat a lancé un appel à témoins pour tenter de reconstituer le parcours criminel de cet homme mystérieusement insaisissable.
Il est à noter que certaines de ses méfaits auraient eu lieu "dans le Gard ou dans les Cévennes", où Leveugle a semble-t-il passé une importante partie de sa vie vers 1990.
Originaire d'Annecy, Leveugle a été arrêté et incarcéré en février 2024, suite à la découverte par son neveu de plusieurs clés USB contenant des écrits compromettants. Ces documents, qui se composent de 15 tomes de "mémoires", abordent de manière troublante sa sexualité, en particulier son intérêt pour des mineurs.
Leveugle a explicitement déclaré que "ses mémoires reflètent la réalité de sa vie", suggérant une profonde introspection sur sa propre psyché. Hommes et femmes, jeunes et adultes, ont parfois partagé leurs histoires avec lui, mais il est essentiel de comprendre qu'il n’a jamais terminé ses études littéraires ni sa formation d’éducateur, bien qu’il ait exercé divers métiers et parcouru le monde.
Les pays décrits dans ses écrits incluent la Suisse, l'Allemagne, le Maroc, l'Algérie, le Niger, les Philippines et le sud de l'Inde, ainsi que la Nouvelle-Calédonie.
Il avoue le meurtre de sa mère et de sa tante
Autoproclamé "cultivé et charismatique", Leveugle se voit comme un "Grec antique formant de jeunes éphèbes", se définissant comme pédéraste plutôt que pédophile. Selon ses dires, il aurait évité la violence, manipulant ses jeunes cibles par des "contraintes morales", a précisé le magistrat.
Son profil criminel s'étend aux enquêtes sur les meurtres qu'il a avoués : celui de sa mère, qu’il aurait étouffée en phase terminale d’un cancer, et de sa tante de 92 ans en 1992, afin d'éviter qu’elle ne le retienne contre sa volonté.
Le colonel de gendarmerie, Serge Procedes, a exhorté les victimes potentielles à se manifester au plus vite : "Il est primordial qu’elles prennent contact maintenant, puisque l'information judiciaire sera probablement close en 2026". À ce jour, de nombreuses victimes potentielles demeurent non identifiées, particulièrement celles avec qui il a pu interagir lors de ses nombreux séjours en Nouvelle-Calédonie dans les années 1980.
Environ 150 témoins ont d'ores et déjà été entendus, un chiffre qui pourrait encore augmenter. Le procureur de Grenoble a qualifié le cas de Jacques Leveugle comme "un cas d'école de la serialité", mettant à jour la problématique de l'impunité face à de telles actions criminelles qui n’ont jamais fait l'objet d’une justice appropriée pendant 55 ans.







