À 108 ans, Jean Turco est le doyen des Français et un ancien soldat dont l’histoire traverse le temps. Après avoir été fait prisonnier pendant cinq années par les forces allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, il se remémore ses souvenirs à l'occasion du 8-Mai, date marquant la Victoire des alliés en 1945, au micro de Franceinfo.
Malgré son âge avancé, ce témoin rare évoque les souvenirs d’une époque difficile. Résident à Paris, il se souvient d'un hiver 1939 passé en Alsace, à l'époque considéré comme la « drôle de guerre ». "Il ne se passait rien, jusqu'à ce que tout bascule en mai", se remémore-t-il.
Un soldat blessé et fait prisonnier
En 1940, Jean est blessé à Épinal par un éclat d’obus tout en portant des munitions. "J’ai gardé une cicatrice, une lame de rasoir m’a traversé le bras lors de la chirurgie rudimentaire qu’on m’a prodiguée", raconte-t-il, avec une légère ironie. Son parcours prend une tournure tragique avec la signature de l'armistice : "On nous a dit de rentrer chez nous, mais les Allemands ont affirmé que nous étions des prisonniers".
Il est alors envoyé à Stuttgart où il passera cinq longues années dans une usine de mécanique de précision. Ce travail, bien que difficile, lui permet de s'évader, au moins mentalement. "Travailler fait oublier, c'est mieux que de tourner en rond sans rien faire", explique-t-il.
Des bribes d'humanité émergent de ses souvenirs : "Les travailleurs allemands, ce n’étaient pas des nazis, juste de braves gens".
Deux évasions ratées
Jean n'a pas renoncé à sa liberté et tente de s’évader deux fois, allant presque jusqu'à la frontière. "Malheureusement, je me suis fait attraper", dit-il en se remémorant ses tentatives. Chaque échec l’amène à des périodes d'isolement, mais son expertise reste précieuse pour l'usine.
Retour en France et réinsertion
En 1945, il retrouve enfin la liberté et regagne son pays natal. Son retour est teinté d'un accueil mitigé : "Nous étions perçus comme des pestiférés, on a oublié l'armée française qui a perdu cette guerre". Les restrictions alimentaires étaient encore vécues et il se rappelle comment des soldats américains, d’origine italienne, l’aidaient ainsi que sa mère en lui apportant des denrées alimentaires. "Ma mère les appelait 'mamma', elle préparait des spaghettis".
Une réflexion sur le futur
Assez mûr pour porter un regard critique sur les conflits, il se dit inquiet pour les générations futures. "La guerre, il n’y a rien de pire. On sait quand elle commence, mais pas quand elle finit", déplore-t-il. Actuellement, Jean continue à naviguer dans le monde moderne grâce à son ordinateur portable et son smartphone, prouvant qu’à 108 ans, la curiosité est toujours en vie.







