À Barguelonne-en-Quercy, Véronique Laniès incarne l'héritage de la distillation familiale. Depuis l'aube, elle s'active devant ses alambics centenaires, des machines patinées par le temps qui nécessitent soin et attention. Chaque jour, elle transforme mille litres de vin en ratafia, une liqueur emblématique de la région.
« Il faut être patient et passionné », confie Véronique, alors qu'elle surveille les premières vapeurs d'alcool s’élever. Les alambics, chauffés au bois, libèrent lentement leur trésor. Cette méthode traditionnelle s’oppose à la précipitation du monde moderne, reliant Véronique à ses ancêtres, son père Jacques et ses prédécesseurs qui ont débuté cette pratique depuis plus d'un siècle.
Véronique ne travaille pas seule. Avec elle, son père, Jacques, 88 ans, observe l'évolution de cette profession en déclin. « Il ne reste plus que quatorze bouilleurs dans le Lot, contre soixante il y a trente ans. Ce métier est à la croisée des chemins », dit-il, tout en transmettant sa sagesse à la nouvelle génération. Malgré la baisse de la consommation d'alcool en France, il conserve un optimisme nuancé : « Il y a quelques vocations en émergence ; si elles se maintiennent, notre métier pourrait connaître un renouveau. »
La distillation est plus qu'un simple métier pour Véronique ; c'est un art de vivre. Elle passe six mois de l'année à distiller, mais chaque goutte qu'elle produit est aussi une manière de maintenir vivant un savoir-faire qui, sans elle, pourrait s'éteindre. Les alambics, les flacons et la patience sont leur héritage commun, et tant que des artisans passionnés comme Véronique continueront à se lever à l'aube, cette tradition perdurera.







