Au tribunal de la cour criminelle du Bas-Rhin, la parole des femmes qui accusent un ostéopathe de viols a résonné avec une force déchirante. Mardi, elles ont partagé leurs expériences, révélant le choc, la honte, et la complexité des émotions qui les habitent après les faits.
Anne-Lise, une des victimes, a témoigné de sa consultation du 11 janvier 2019, où, après une manipulation thérapeutique, l'ostéopathe Pierre Garitte a commis l'irréparable : un geste non consenti et traumatisant. « J'ai rangé ça dans la case des mauvais souvenirs », a-t-elle confié, apparemment apeurée par la simple évocation de ce souvenir.
Sur le banc des parties civiles, elle est la première à témoigner dans cette affaire où Garitte est accusé d'avoir violé huit femmes entre 2019 et 2020, sans compter les agressions sexuelles portées sur 23 autres patientes. La gravité des charges pourrait lui valoir jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.
« Il respirait fort », raconte Anne-Lise, décrivant la scène intimidante dans le cabinet d'Eschau. Après avoir subi ce traumatisme, elle a mis des mois avant de se décider à briser le silence, informée par une amie qu’une enquête était en cours.
La témoin a souligné le poids du silence : « Je ne voulais plus en entendre parler », témoignant de la peur de ne pas être crue, déjà renforcée par une plainte classée sans suite en 2018. Son besoin de « sororité » a prévalu dans sa décision de porter témoignage.
Déborah, 48 ans, l'une des premières à avoir déposé plainte en septembre 2020, a également témoigné. Après une consultation embarrassante en 2017, où Garitte lui a fait des commentaires inappropriés, elle revient à son cabinet en 2019, croyant qu'elle pourrait lui faire confiance. Mais là encore, elle fut témoin d'une agression sexuelle non consenti.
Les souvenirs la hantent, entre désespoir et volonté de ne pas y penser. Lors d'une confrontation, Garitte a prétendu : « On était entre adultes consentants ». Ces mots l'ont paralysée, la forçant à se replier sur elle-même durant de nombreuses années. Ce n'est enfin qu'elle a pu prendre la parole lors d'un repas avec des amis, où elle a dévoilé son histoire.
Si son avocate, Anne-Sophie Wagnon-Horiot, lui demande si elle regrette d'avoir recommandé cet ostéopathe à d'autres, les larmes coulent. « J'aurais dû voir que c'était pas la bonne personne », confesse-t-elle, entre colère et émotion, tandis que d'autres victimes la soutiennent dans cette douloureuse épreuve.







