La récente panthéonisation de Marc Bloch a suscité un hommage émouvant, mais notre rédacteur en chef a critiqué Emmanuel Macron pour avoir utilisé cette occasion comme une arme contre ses adversaires politiques, tout en ignorant les réalités de l'antisémitisme actuel. Patrick Boucheron a d'ailleurs fait écho à cette incapacité à aborder le sujet avec franchise lors d'une interview sur France Culture.
Marc et Simonne Bloch reposent désormais au Panthéon, une place qui leur est due. Marc Bloch n'était pas seulement un historien talentueux et un professeur respecté, mais aussi un soldat, un résistant et un fervent républicain, tout en étant un mari dévoué. Cependant, la question de son identité juive reste délicate.
La petite-fille de Marc, Suzette Bloch, a souligné qu'il ne souhaitait pas que des prières hébraïques soient prononcées à sa mémoire, insistant sur le fait qu'il se définissait comme un athée d'origine juive. Cette position semble déconnectée de la réalité historique, car l'identité ethnique et religieuse ne se limite pas à la foi. Bloch lui-même affirmait ne revendiquer son origine que face à l'antisémitisme, un phénomène qui demeure présent dans notre société.
Macron : un discours poignant
Emmanuel Macron a prononcé un discours fort, affirmant que Marc Bloch avait été victime de l'antisémitisme d'État, perdant ainsi tout ce qu'il avait. Il a dénoncé "une mécanique idéologique de haine conjuguée à une épidémie de lâcheté". Ce discours, bien qu'émouvant, laisse sous-entendre que le président pourrait faire preuve d'une vision quelque peu réductrice des défis contemporains. Comme il le rappelle dans son ouvrage phare, L'Étrange défaite, l'histoire doit éclairer le présent. La réalité d'aujourd'hui semble pourtant lui échapper.
La tentative de relier cet héritage à une lutte contre « l'extrême droite » semble précipitée, et fait ressurgir des voix critiques parmi ceux qui observent la dégradation du climat politique. En effet, Emmanuel Macron a semblé mettre tous les « coupables » d’un même côté, comparant les collabos d'hier à ceux qui prônent aujourd'hui des alliances avec certains régimes autocratiques.
L'état-major LFI au Panthéon
Lors de la cérémonie de panthéonisation, la présence discrète des représentants du Rassemblement National a été remarquée, laissant penser à une sorte de monde à part pour certains partis. L'état-major de la France Insoumise, rassemblé autour de Jean-Luc Mélenchon, a été mis en avant, alors que la famille Bloch, en décernant des brevets de moralité, semble fermer les yeux sur des réalités plus complexes concernant l'antisémitisme qui traverse actuellement des milieux variés.
Face à un monde qui évolue, Macron doit impérativement comprendre que la lutte contre l'antisémitisme d'aujourd'hui ne se limite pas aux actes des administrations passées. Des universitaires et penseurs, comme Patrick Boucheron, semblent être soit arc-boutés sur un dogme antifasciste, soit complètement dépassés par les enjeux contemporains. Cela souligne une fracture au sein même de la gauche, encore trop souvent capturée par un discours qui semble ignorer la montée d'un antisémitisme nouveau, malheureusement justifié par certains discours d’extrême gauche.
Il est essentiel que le débat soit élargi et que toutes les voix, qu'elles soient de droite ou de gauche, se mêlent à une conversation honnête sur cette question cruciale. Un retour vers l'histoire et ses leçons pourrait éclairer ce que signifie réellement lutter contre l'antisémitisme, dépassant ainsi les clivages politiques actuels.







