Les députés français viennent d'adopter une proposition de loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 15 ans, une première en Europe. Pour discuter de cette décision, nous avons rencontré Roxane Montaigu, éducatrice et spécialisée dans la prévention des dangers d'internet. Auteure d'un livret pédagogique sur l'embrigadement sectaire, elle partage son expertise sur l'impact de ces plateformes sur les jeunes.
Ici Lorraine : Vous vous montrez favorable à cette interdiction des plateformes comme Snapchat, TikTok ou Instagram pour les mineurs. Pourquoi ?
Oui, d'une manière évidente. Les réseaux sociaux sont souvent conçus pour piquer l'intérêt des jeunes en offrant une gratification immédiate. Cela engendre des comportements addictifs qui peuvent nuire à leur concentration, leur sommeil, et même leur développement social. De plus, ces plateformes nourrissent un besoin impérieux d'appartenance, surtout chez les adolescents, et leur quête de validation à travers les likes et commentaires peut renforcer des sentiments d'anxiété.
Roxane Montaigu souligne que les méthodes utilisées sur ces plateformes ressemblent à des techniques de marketing destinées à capturer l'attention. Ces approches manipulatrices créent effectivement une dépendance semblable à celle observée dans d'autres contextes commerciaux.
Elle fait référence à la loi sur les dérives sectaires du 10 mai 2024, qui évoque les dangers que présentent des applications comme TikTok. Montaigu explique que, face à la montée de la cyberéducation, prévenir est devenu primordial dès le plus jeune âge. Elle affirme qu'il est courant de voir des jeunes, de CM2 à la 4e, absorbés par leurs smartphones tant à l’école que chez eux.
Une préoccupation grandissante se pose alors : comment les enfants réagiront-ils si les réseaux sociaux leur sont interdits alors qu’ils en sont profondément dépendants ? Roxane répond qu'il est crucial de créer un lien fort à la maison, d'encourager le dialogue plutôt que la coercition. En s'intéressant aux contenus que consommés par leurs enfants, les parents peuvent favoriser une discussion constructive. Au lieu de blâmer, il est plus judicieux d’explorer leur univers numérique ensemble.
Quant au contrôle sur l'utilisation des réseaux dans les écoles et à la maison, Montaigu note que si certaines options existent, il reste crucial de pratiquer l'éducation collective. Elle appelle à l’organisation d’ateliers entre parents et enfants afin de développer un esprit critique commun.
Sa projection est claire : elle souhaite que les nouvelles générations deviennent des citoyens numériques responsables. Les parents doivent donc s’engager dans un dialogue ouvert et éducatif pour accompagner leurs enfants vers une utilisation plus consciente des réseaux sociaux tout en prévenant les dérives liées à ces outils puissants.







