Ce lundi, le groupe de presse Ebra a annoncé un plan de départs volontaires qui pourrait concerner jusqu'à 400 postes. Pendant ce temps, 68 nouveaux postes devraient également être créés dans les rédactions. Le groupe, qui appartient au Crédit Mutuel et emploie environ 3.200 salariés, a précisé que « aucun départ ne sera contraint », comme l'indiquent les responsables. Ce remaniement survient dans un cadre où le secteur de la presse régionale est en pleine transformation, confronté à des évolutions rapides des comportements d'achat et des revenus publicitaires.
Ebra est propriétaire de plusieurs journaux renommés dans l'est de la France, tels que Le Dauphiné libéré, Le Progrès et Les Dernières nouvelles d’Alsace. Le groupe confie diffuser plus de 800.000 exemplaires chaque jour et revendique 21,4 millions de visiteurs uniques par mois sur ses plateformes numériques. Cependant, il subit une baisse significative des ventes d'imprimés, combinée à la pression des géants du numérique sur ses recettes publicitaires.
Des pertes en hausse et un risque à moyen terme
En l'espace d'une décennie, les ventes de journaux et les abonnements ont chuté de 50 %. En 2025, la perte opérationnelle du groupe a franchi la barre des 10 millions d'euros, ce qui alarme la direction. Sophie Gourmelen, présidente d'Ebra, a exprimé son inquiétude en déclarant : « Si nous ne faisons rien, cette perte pourrait tripler d’ici 2030, risquant de nous faire disparaître de certains territoires et de nous priver de notre identité. »
Le projet de plan de départs sera soumis à un dialogue social dans les semaines à venir, avec une première réunion prévue pour le 29 juin. Les négociations, qui devront aborder divers aspects du projet, devraient se poursuivre plusieurs mois, avec des premiers départs envisagés dès 2027. Plus précisément, le plan vise à adapter les effectifs aux nouvelles nécessités éditoriales et aux mutations technologiques du secteur.
Intelligence artificielle et réorganisation des rédactions
Parmi les modifications envisagées, certaines tâches, notamment celles de mise en page, pourraient être automatisées pour optimiser le temps des journalistes. « Ce temps sera réaffecté là où il est le plus crucial, que ce soit pour la rédaction de contenus, le travail sur le terrain, ou le numérique », a expliqué Sophie Gourmelen. De plus, le groupe envisage d'intégrer des outils d'intelligence artificielle pour simplifier le processus d'editing et de relecture.
Les premières réactions face à ces annonces ne se sont pas fait attendre. L'intersyndicale SNJ-CGT-CFDT de L’Est républicain et Vosges Matin a exprimé ses réserves : « Quels résultats attendre de cette mise en page automatique sobrement intitulée MEPA, dont les capacités restent inconnues ? » Elle a également soulevé des inquiétudes quant à la réduction potentielle des effectifs dans les équipes de rédaction.
Un virage numérique et éditorial assumé
Dans cette dynamique, Ebra cherche également à rajeunir ses lectorats et à attirer de nouveaux abonnés, par le biais de formats audio et vidéo novateurs et d'une plateforme numérique commune à tous ses titres. Sur le plan éditorial, la direction a réaffirmé sa volonté de maintenir l’information locale comme priorité, tout en veillant à ce qu'elle corresponde mieux aux besoins variés de ses lecteurs sur des thématiques telles que le pouvoir d’achat et la santé. La présidente a conclu en affirmant que le groupe souhaite également diversifier ses sources de revenus, en se tournant vers l’événementiel et l’éducation aux médias.







