Le groupe de presse EBRA, qui regroupe neuf publications régionales dans l'est de la France, a officialisé un plan de départs volontaires pouvant atteindre 400 postes. Cette annonce intervient dans un contexte de baisse significative des ventes de presse.
Dans un communiqué, le groupe de 3.200 salariés, filiale du Crédit Mutuel, a affirmé que "aucun départ ne sera contraint". En parallèle, 68 créations de postes sont envisagées, surtout au sein des rédactions.
EBRA (Est Bourgogne Rhône-Alpes) édite des titres phares comme Le Dauphiné libéré, Le Bien public et L'Est républicain, couvrant un total de 23 départements. Malgré la diffusion de plus de 800.000 exemplaires par jour et l'engouement des internautes, avec 21,4 millions de visites uniques mensuelles, le groupe déplore une profonde crise. Les ventes et abonnements sont tombés à un niveau de moitié par rapport à la dernière décennie, entraînant une perte opérationnelle de plus de 10 millions d'euros pour 2025.
Sophie Gourmelen, la présidente d'EBRA, a mis en garde contre une aggravation de cette situation. "Si aucune mesure n'est adoptée, nos pertes pourraient tripler d'ici 2030, menaçant notre présence sur le terrain et notre identité", a-t-elle souligné dans une vidéo interne.
Un des axes majeurs de transformation inclut l'automatisation de certaines tâches de mise en page, visant à libérer du temps pour les journalistes afin qu'ils se concentrent sur un journalisme de qualité. Gourmelen a décrit cette initiative comme un moyen de rediriger l'effort vers la création de contenu et le développement numérique.
Le groupe mise également sur l'intelligence artificielle pour faciliter le travail des journalistes, à travers des outils d'assistance pour l'édition et la relecture, nommés MEPA (mise en page automatique). Cependant, une réaction syndicale immédiate a mis en avant des inquiétudes quant à l'impact de cette technologie sur les emplois, avec une prévision de suppression de 15 des 49 postes actuels à la rédaction de l'Est Républicain.
Les syndicats qualifient cette réduction d'effectifs de "saignée historique" et prévoient un dialogue social intense, avec la première réunion fixée pour le 29 juin.
Pour un avenir pérenne, EBRA se concentre sur l'acquisition de nouveaux publics, avec des initiatives pour rajeunir l'audience à travers des formats innovants tels que la vidéo et le podcast, ainsi que le développement d'une plateforme numérique intégrée pour ses titres. Même si l'information locale restera une priorité, Gourmelen a affirmé qu'elle devait s'adapter aux attentes contemporaines des lecteurs, en se concentrant sur des sujets quotidiens critiques comme le pouvoir d'achat, le logement ou la santé.
Avec des projets pour créer des pôles news au sein des rédactions, EBRA vise à renforcer la production de contenus numériques, tout en diversifiant ses sources de revenus à travers des événements et l'éducation aux médias.
Le spectre de ces réformes soulève de nombreuses questions sur l'avenir de la presse régionale, une industrie déjà ébranlée par les changements rapides des modes de consommation de l'information.







