Le prérapport d’inspection récemment publié met en avant des erreurs notables au sein du parquet d’Auch et de la gendarmerie de Lectoure. Cette enquête souligne également un climat de tension au sein de la chaîne judiciaire.
Neuf mois et onze jours, c’est la durée écoulée entre la première prise en charge de Rosa aux urgences de Haute-Garonne, où elle dénonçait un viol de Jérôme Barella, et la disparition tragique de Lyhanna. Étonnamment, le mis en cause n’a jamais été entendu. Le prérapport de la mission d’inspection, qui a été rendu public, révèle une gestion désastreuse de cette affaire et fait état d’un processus judiciaire où l’urgence a souvent été négligée.
Cette situation a été exacerbée par un transfert laborieux d’informations et des erreurs inacceptables de communication entre les différentes instances. Selon le rapport, le traitement de la plainte a été qualifié de « défaillant ».
Une réponse initiale exemplaire mais des erreurs cruciales
Le 18 août 2025, lorsque Rosa et sa mère se présentent à l’hôpital, le parquet de Toulouse réagit rapidement, alertant la gendarmerie de Plaisance-du-Touch. Les militaires effectuent une audition diligente, identifiant les antécédents préoccupants de Jérôme Barella. Selon un gendarme impliqué dans l’enquête, « le voyant rouge s’allume » face à un profil inquiétant. Pourtant, des erreurs surviennent au moment de transmettre le dossier au parquet d’Auch. Malgré les recommandations de l’enquêteur, la procédure est envoyée uniquement en format papier, sans alerte, ce qui entraîne un retard significatif.
Un fonctionnement judiciaire à bout de souffle
À Auch, le dossier est perdu dans une masse d'autres affaires, classées par ordre d’urgence, mais sans reconnaissance de la gravité de celle-ci. Une mère en détresse finira par appeler le tribunal pour déclencher une réaction appropriée. Ce retard de traitement est tragiquement confirmé par le fait que la procureure d’Auch ne sera informée de cette affaire qu’à la suite de la disparition de Lyhanna.
Des outils obsolètes entravent la justice
Ce prérapport d’inspection met également en lumière des failles dans l’administration de la justice, notamment des outils informatiques dépassés qui compliquent le suivi des dossiers. La substitut en charge n’a même pas été en mesure d’effectuer un suivi adéquat, laissant l’enquêteur mener la procédure sans réelle supervision. Ce constat alarmant a été corroboré par plusieurs experts du droit interrogés par Le Monde, qui soulignent le risque de recommencements de ce type d’erreurs tragiques.
Vers une réforme nécessaire ?
Le rapport final, encore en cours d’élaboration, devra considérer ces dysfonctionnements comme des signaux d’alerte pour une nécessaire réforme du système judiciaire. En effet, sans changements structurels, la justice risque de ne pas être à la hauteur des attentes d'une population qui espère sécurité et protection.







