À Najaf, sanctuaire sacré, le célèbre mausolée de l'imam Ali, habituellement vibrant de vie, se retrouve étrangement silencieux. Les cours, jadis remplies de pèlerins venus du monde entier, sont désormais désertées.
Les commerçants et hôteliers de la ville, pris au piège de cette inactivité, passent des journées interminables dans l’attente d’une reprise. En temps normal, des millions de pèlerins chiites affluaient chaque année vers Najaf et Kerbala, mais l’escalade du conflit régional, à la suite d'une offensive américano-israélienne contre Téhéran depuis le 28 février, a ralenti ce flux vital.
"Nous dépendions des Iraniens pour survivre, que ce soit comme bijoutiers, marchands de tissus ou chauffeurs de taxi. Aujourd'hui, nous sommes laissés à l'abandon", se lamentait Abdelrahim Harmouch, un bijoutier de Najaf, rappelant un passé animé. "Autrefois, il était impossible de traverser le marché à cause des foules d'étrangers. Les vendeurs ambulants attiraient des masses", ajoute-t-il.
La fermeture de l'espace aérien irakien, paralysé par les frappes, a aggravé la situation. Depuis près de quatre décennies, M. Harmouch gère son commerce à proximité du mausolée d'Ali, reconnue comme une des plus grandes figures de l'islam et première imam chiite. "La survie de notre communauté dépend du tourisme religieux", prévient-il, tout en soulignant que si la crise persiste, la faillite risque de toucher un nombre croissant d'habitants.
Les hôtels sont également en déroute. Abou Ali, propriétaire d'un hôtel, a été contraint de licencier cinq employés, ne maintenant qu'un seul pour s'occuper de ses 70 chambres vides. "Comment payer les salaires dans un tel vide?" se demande-t-il.
Selon Saeb Abou Ghneim, président de l'association des hôteliers de Najaf, environ 80% des 250 établissements ont fermé, laissant plus de 2 000 travailleurs dans l'incertitude, un second coup dur après la pandémie de Covid-19.
Pour l’Irak, déjà assiégé par des décennies d’instabilité, le pèlerinage est une source de revenus essentielle. Moustafa al-Haboubi, 28 ans, autrefois occupé par les échanges de devises, observe aujourd'hui l'absence de clients. "Nous ne recevons qu'un ou deux clients par jour", confie-t-il avec amertume.
Même après l’annonce d’un cessez-le-feu le 8 avril et la réouverture de l'espace aérien, les foules ne sont pas revenues. Les jours de semaine, les pèlerins se font rares, et seul le week-end apporte un léger regain d'activité grâce aux locaux.
À Kerbala, la situation est tout aussi alarmante. Les sanctuaires des imams Hussein et Abbas, jadis bouillonnants de dévotion, sont maintenant désertés. Israa al-Nasrawi, responsable du tourisme, résume la crise en qualifiant la situation de "catastrophe". Les visites ont chuté de près de 95%, entraînant la fermeture de centaines d'hôtels.
Akram Radi, dirigeant d'une agence de voyages, témoigne également de l'impact dévastateur : "Nous ne fonctionnons plus qu'à 10% de notre capacité, après avoir accueilli jusqu'à 1 000 visiteurs par mois. Après 16 ans dans ce secteur, je crains de devoir fermer boutique." Cet élan de désespoir, partagé par multiples acteurs, pourrait durablement affecter la vitalité économique des villes saintes irakiennes.







