Actuellement au Niger, une cargaison de concentré d'uranium d'une valeur significative est immobilisée à l'aéroport de Niamey. Ce chargement, estimé à au moins 1 000 tonnes, est devenu un véritable enjeu diplomatique pour la junte au pouvoir, qui a récemment rompu avec la France au profit de relations plus étroites avec la Russie. Les répercussions de cette situation sont multiples.
La question de l'exploitation de l'uranium nigérien, traditionnellement géré par le groupe français Orano, a été réaffirmée par la junte après sa décision de nationaliser les installations de Somaïr dans le nord du pays. Il y a quelques mois, celle-ci avait annoncé son intention de proposer l'uranium sur le marché international, initiant ainsi une quête de souveraineté nationale.
Conformément à des informations diffusées par l'AFP, des images satellites ont confirmé l'arrivée d'une flotte de 34 camions à l'aéroport de Niamey entre le 3 et le 5 décembre. Des experts, y compris ceux du média d'investigation ouest-africain Wamaps, suggèrent que cette cargaison est liée à l'uranium expédié depuis Arlit, mais la provenance exacte demeure incertaine.
Les camions, d'abord stationnés dans une zone militaire de l'aéroport, ont été déplacés pour des questions de sécurité. Selon une source proche du dossier, « les mouvements de la cargaison sont internes à l'aéroport de Niamey. La marchandise est intégralement stockée dans une zone sécurisée, sans intention de quitter le territoire à court terme ».
La vente d'uranium suppose un accès à des ports maritimes, ce qui est devenu un défi pour le Niger, territoire enclavé. La junte, qui entretient des relations tendues avec les pays voisins comme le Nigeria et le Bénin, fait face à des obstacles considérables en matière de transit. Cotonou est accusé par Niamey de vouloir déstabiliser la junte, ce qui complique encore davantage la situation.
Bien que l'acheminement par le port de Sèmè-Kpodji soit une option, le chemin le plus sûr traverse des régions de plus en plus instables, notamment le Burkina Faso, où des groupes jihadistes sont actifs. La pression sécuritaire croissante est un sujet de préoccupation débattu par des analystes tels que l'ONG ACLED, qui pointe du doigt l'augmentation alarmante des violences dans la région.
En outre, des avions de transport de fabrication russe, de type Iliouchine Il-76, ont été remarqués sur le tarmac de la base militaire de Niamey, mais leur présence et leur lien avec cette cargaison reste flou. Ni la junte nigérienne ni le gouvernement russe n'ont confirmé d’intérêt pour cette cargaison. Cependant, le ministre russe de l'Énergie a déjà manifesté l'ambition de collaborer sur l’exploitation de l’uranium nigérien.
La situation a également entraîné une enquête judiciaire en France sur un possible vol organisé lié à l’uranium, impliquant Orano qui revendique des droits sur cette marchandise. En parallèle, le Niger reproche à l’entreprise française d'une dette de 58 milliards de francs CFA, ajoutant une couche de complexité à cette affaire déjà délicate.
Alors que la situation continue d'évoluer, les pays voisins comme le Togo hésitent à se compromettre en facilitant le transit de cette cargaison, ce qui pourrait avoir des implications juridiques. La prudence prévaut alors que le Niger navigue dans un environnement géopolitique incertain, mettant ainsi en lumière les enjeux de souveraineté et de sécurité dans cette partie du monde.







