Dans un revirement notable, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a décidé cette semaine de s'écarter de Donald Trump. Longtemps admiratif du président américain, sa démarche fait écho à l’inquiétude croissante des Européens face aux ambitions territoriales manifestées par les États-Unis, notamment concernant le Groenland.
Durant la semaine, Bardella a été très actif sur la scène médiatique, dénonçant vigoureusement la volonté d'annexion du Groenland par l'administration Trump et les menaces entourant les droits de douane pesant sur plusieurs pays européens, y compris la France. "Lorsqu'un président américain pousse une pression territoriale sur un État européen, c'est un affront inacceptable," a-t-il déclaré dans un entretien au Parlement européen.
"Notre soumission serait une erreur grave dans notre histoire," a-t-il insisté, tout en appelant à la suspension immédiate de l'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis. De plus, il a exhorté Bruxelles à utiliser ses outils de défense commerciale pour contrer cette forme de coercition.
Ce changement de ton n'est pas sans conséquence, notamment pour son image auprès de l'électorat. Le politologue Sylvain Crépon souligne qu'il était crucial pour Bardella de distancier son parti des comportements de Trump, perçus négativement par une partie de la population française, qui a déjà été témoin du retrait du Rassemblement national de ses liens avec Vladimir Poutine après l'invasion de l'Ukraine.
Réactions en Europe face à l'attitude de Trump
À l'échelle européenne, des alliés politiques de Bardella, y compris des leaders populistes, ont également critiqué la politique étrangère de Trump. Une étude récente révélait que 81 % des Européens voient une intervention militaire américaine au Groenland comme une declaration de guerre. Alice Weidel, du parti allemand AfD, a souligné que Trump avait trahi son engagement à ne pas s'ingérer dans les affaires d'autres nations.
Des réactions similaires ont émergé au sein de Reform UK, le parti de Nigel Farage, qui a exprimé son choc face aux menaces commerciales américaines contre un allié de longue date. Au sein du Parti Démocrate de Suède, des critiques plus acerbes ont été formulées à l'encontre de Trump, le qualifiant de "roi Midas à l'envers" en raison des conséquences néfastes de ses décisions.
Une nouvelle stratégie pour capter l’électorat pro-européen
Bardella semble ainsi désireux de se rapprocher d'un électorat de droite en France qui se montre de plus en plus pro-européen. Le Groenland, bien que considéré par certains comme un symbole, constitue pour le Rassemblement national une occasion de s’aligner sur les préoccupations des citoyens européens face à une forme d'impérialisme perçue. Bien que des voix discordantes existent parmi l'extrême droite européenne, beaucoup reconnaissent que collaborer au niveau européen est la clé pour faire entendre leurs préoccupations sur la scène internationale.
Il est à noter que certains partis proches des Etats-Unis, comme le parti des Conservateurs et réformistes au Parlement européen, ont fait part de leur désaccord avec l'opinion de Bardella, arguant qu'un gel de l'accord avec les Américains serait une erreur stratégique. Pendant ce temps, d'autres dirigeants européens, comme Viktor Orbán, ont appelé à une résolution pacifique des tensions avec Washington.
Sources : AFP, Reuters, Le Grand Continent.







