Chaque semaine, Courrier international explique ses choix éditoriaux. Dans l'hebdomadaire daté du 30 avril, nous analysons les rapports désormais tumultueux entre le président américain et ses défenseurs naturels. L’extrême droite européenne, du RN à l’AfD, en passant par Nigel Farage et Giorgia Meloni, semble s'éloigner de lui à un rythme alarmant. La question se pose : est-ce le début de la fin pour l'ère populiste ? s’interroge la presse étrangère.
"Donald Trump ? Connais pas…" Ou plutôt, "connais plus". En quelques mois, le discours des principaux alliés du président américain, notamment en Europe, a connu un bouleversement radical. Même ceux qui étaient ses plus fervents soutiens, comme Nigel Farage au Royaume-Uni, s'efforcent de dissimuler leur enthousiasme à l'approche d'élections décisives.
Le 7 mai, les Britanniques se dirigent vers les urnes dans une atmosphère de mécontentement grandissant envers un Donald Trump qui ne cesse de se moquer du gouvernement actuel. Beaucoup des électeurs le tiennent pour responsable de la crise économique actuelle avec ses interventions militaires au Moyen-Orient. Dans ce climat, Farage, qui avait soutenu Trump dès 2016, se fait plus prudent. « Je le connais, mais c'est secondaire », a-t-il admis dans une interview au Financial Times au début d'avril. Une manière de dire que la tendance est à la dissimulation plutôt qu'à l'affirmation.
Il est donc évident que Donald Trump joue le rôle de « chat noir » dans les cercles souverainistes. Selon la presse, la défaite de son proche allié Viktor Orban en Hongrie a constitué un tournant. Politico affirme que « Donald Trump est devenu si toxique sur le plan politique en Europe que même ses alliés idéologiques le considèrent comme un danger ». Cela illustre une dynamique de rejet croissant.
En février, un article du Tages-Anzeiger faisait déjà état du « rétropédalage frénétique » des alliés français de Trump à l'approche de la présidentielle. L'AfD en Allemagne, de même, prend ses distances, tout comme Giorgia Meloni en Italie ou Vox en Espagne. Face à ses manigances, comme l’imposition de droits de douane sur les importations mondiales, les tensions internationales se multiplient.
Flavia Perina, dans La Stampa, souligne que l'opinion publique mondiale a pris conscience des dangers que représente Trump. En moins de deux ans, son mouvement a enregistré des échecs électoraux aux quatre coins du globe, témoignant de l'effondrement d'une vague populiste qui avait débuté avec la crise de 2008 et le Brexit.
À l'horizon se profilent de multiples élections en Europe, notamment au Royaume-Uni, en Suède et en France. Le “facteur Trump” va peser lourdement et inciter les partis de droite à se repositionner. Un analyste du Financial Times note que cela reflète un besoin plus vaste : « La droite européenne redécouvre l’esprit d’autonomie ». Une évolution qui pourrait transformer significativement le paysage politique.
Les partis centristes et de gauche, eux aussi, pourraient se retrouver bousculés à droite sur leur opposition à Trump, indique Jeremy Cliffe dans le même quotidien. Cela pourrait ouvrir la voie à une nécessité pressante de promouvoir une vision concurrente d'une Europe autonome. Car si Trump peut servir de miroir à des débats constructifs sur l'avenir européen, pourquoi ne pas en profiter ?







