À un an de l’échéance présidentielle, l’ancien Premier ministre multiplie les déplacements dans le cadre de son "tour de France". Édouard Philippe sera à Toulouse ce mercredi pour rencontrer le maire Jean-Luc Moudenc. Entre enjeux économiques, réforme des retraites et questions de souveraineté, il livre à La Dépêche du Midi sa vision pour l'avenir du pays.
Pourquoi choisir Toulouse pour votre prochaine étape ?
Édouard Philippe : Trois raisons motivent ce choix. Tout d'abord, j'investis énormément de temps à rencontrer les acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels. L’écoute est primordiale. Je ne viens pas avec des solutions prêtes à l'emploi, mais avec des interrogations. J'ai visité plusieurs fois Toulouse et ses alentours. Un maire doit connaître intimement sa ville, et un futur président, son pays. Deuxièmement, Toulouse a joué un rôle crucial lors des récentes élections municipales, illustrant que sérieux et vision peuvent déjouer les pronostics. Enfin, sur un plan personnel, j'entretiens une amitié de longue date avec Jean-Luc Moudenc, avec qui je partage des affinités concernant la gestion locale.
Quand comptez-vous dévoiler votre programme pour la présidentielle ?
La date approche. J'ai déjà évoqué plusieurs mesures majeures, telles que la révision des accords de 1968 avec l'Algérie, effacer 50 milliards d'impôts de production compensés par une réduction équivalente d'aides aux entreprises, et instaurer un état d'urgence contre le narcotrafic. Je préconise également des initiatives pour la natalité. Certains, comme Bruno Retailleau, se rapprochent de ces thèmes. Je pense qu'un programme complet un an à l'avance n'est pas raisonnable.
Les retraites seront un enjeu central. Faut-il envisager de travailler au-delà de 64 ans ?
Pour maintenir notre modèle social, il est crucial de prendre en compte le vieillissement démographique. Notre système est principalement financé par la dette qui pèsera sur les générations futures. Il est donc probable que nous devions travailler plus longtemps pour préserver notre niveau de protection. Cela inclut une meilleure intégration des jeunes sur le marché du travail et un prolongement de l'âge de travail. Nos voisins européens, qu'ils soient à droite ou à gauche, adoptent déjà cette approche. En Espagne, par exemple, l'âge de départ est fixé à 67 ans. Il est essentiel d'être franc avec les Français : la prospérité nécessite des efforts collectifs.
Pourrait-il s'agir de 67 ans ?
Beaucoup de personnes travaillent déjà jusqu'à cet âge, notamment celles avec des carrières non linéaires. Mon but n'est pas d'adopter une posture catastrophiste, mais de garantir la puissance et la prospérité de la France. La baisse du taux de natalité aura des conséquences sévères dans les années à venir.
Face à la hausse des coûts des carburants, l'État doit-il bloquer les prix ou réduire les taxes ?
Les prix élevés s'expliquent par deux facteurs : le coût des matières premières, sur lequel nous avons peu de contrôle, et le niveau des taxes. Baisser les taxes en période de déficit budgétaire n'est pas viable. Si l'État affichait un excédent, cela serait envisageable. Je préfère une approche ciblée pour les secteurs les plus touchés plutôt que des mesures universelles coûteuses sans réel impact.
La dette française est préoccupante. Le prochain mandat sera-t-il difficile ?
Non, mais il sera exigeant. Réduire les déficits n'est pas populaire, mais c'est crucial pour garantir notre liberté. Je n'aspire pas à être un simple gestionnaire, mais je désire voir la France forte. Sans une bonne santé financière, nous perdons notre capacité à orienter notre destinée.
Quel is bilan des quinquennats d’Emmanuel Macron ? Vous sentez-vous héritier ?
Le bilan global sera dressé l'an prochain. Entre 2017 et 2020, nous avons mené des politiques favorables à l'emploi et à l'attractivité, même si tout n'a pas été parfait. Concernant l'héritage, je souhaite être avant tout Édouard Philippe, maire du Havre, qui doit naviguer dans un contexte complexe. Mes relations avec le président sont respectueuses, et je défends mes opinions quand cela est nécessaire.
Le Rassemblement national semble en bonne position pour 2027. Comment éviter sa victoire ?
Je ne crois pas qu'une campagne devrait être menée uniquement contre un candidat. Mon but est de proposer un programme qui inspire confiance. Au Havre, malgré l'opposition de tous, j'ai remporté les élections en communiquant clairement mes intentions.
Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa quatrième candidature. Quelle est votre opinion ?
Mes désaccords avec lui sont profonds. Ses choix politiques récents me semblent regrettables. Sa quatrième candidature témoigne de son expérience, et il ne faut jamais minimiser ses adversaires.
Sans primaire à droite et au centre, comment éviter la multiplication des candidatures ?
En engageant des discussions et en créant une dynamique positive. Je collabore avec Gabriel Attal, Bruno Retailleau et d'autres. L'enjeu sera de déterminer, au fil des mois, qui pourra réellement incarner une solution aux problèmes des Français. Si chacun respecte ses valeurs, cela pourra bien se passer.
La tendance à la « peopolisation » de la politique vous attire-t-elle ?
Chacun choisit où il place le curseur. Personnellement, j'ai opté pour la discrétion sur ma vie personnelle durant mes vingt-cinq ans en politique. Il est essentiel de montrer qui l'on est et d'énoncer ses croyances, mais il est plus pertinent de discuter de notre vision pour le pays que de partager des images de famille.







