Le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, fait face à de graves accusations autour de l’embauche d’une proche, récemment reconvertie dans l’hypnothérapie, comme chargée de mission au sein du département. Cette situation soulève des questions sur l'utilisation potentielle de ces postes administratifs à des fins politiques.
Karim Bouamrane, figure montante du Parti Socialiste et vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a été félicité par Stéphane Troussel, président du conseil, pour son engagement. Cependant, son choix de recruter Valentine*, sans expérience dans le secteur public ni compétences avérées dans le domaine culturel, suscite des interrogations. En janvier 2024, cette dernière est embauchée comme « chargée de mission aux affaires institutionnelles », un poste à temps plein rémunéré environ 3 200 euros brut.
Les témoignages recueillis par la cellule investigation de Radio France indiquent que Valentine a peu été présente à son bureau à Bobigny, étant aperçue majoritairement lors des rares séances publiques où Bouamrane participe. Patrick*, un collaborateur de la majorité départementale, note que « beaucoup de chargés de mission travaillent dans une zone grise, mais pour Valentine, sa présence était presque inexistante ».
Une présence dans une zone grise
« Elle ne faisait pas partie des chargés de mission que l'on voit régulièrement », confirme une employée de la direction de la culture. Ce constat soulève des questions sur les réalités de ces postes. Bien que tous les chargés de mission soient tenus de pointer leur présence, la véracité de leur assiduité est mise en doute.
Un parcours professionnel atypique
Originaire du secteur privé, Valentine a transcendé une carrière en marketing pour se tourner vers l'hypnose ericksonienne et le yin yoga, des compétences étonnamment éloignées des attentes d'un poste public. Bouamrane défend ce choix, arguant qu’elle avait une « solide expérience » en communication et une bonne compréhension des enjeux culturels locaux, cependant, seul un faible volume de courriels a pu être fourni pour justifier cette embauche.
Des absences remarquées
Les absences fréquentes de Bouamrane en conseil départemental ont accentué les retours critiques. Sur les treize assemblées publiques durant son mandat, il n’a pas pris la parole, et il a essuyé treize absences sur seize commissions permanentes essentielles à son rôle.
Des sources politiques affirment que Bouamrane semble privilégier sa carrière personnelle, délaissant ses responsabilités au département. Patrick* en témoigne : « Aucun autre vice-président n'est aussi rarement présent que Karim ».
Signalement d'emplois fictifs
Un signalement anonyme à la Chambre Régionale des Comptes (CRC-IDF) évoque le risque d'un détournement d’emplois administratifs. Ce cadre alerte sur une probable surreprésentation de chargés de mission, pointant que ces postes semblent souvent alliés à des ambitions politiques personnelles plutôt qu'à un véritable service public.
Un climat de méfiance
À la lumière d'un rapport de l'Agence française anticorruption (AFA) qui confirme l'opacité entourant ces recrutements, une réforme est attendue. L'AFA a mis en garde concernant le risque de dépassement des plafonds légaux pour les collaborateurs.
Récompense d'accords politiques locaux
Des témoignages révèlent également que des emplois paramilitaires pourraient servir à récompenser des affiliations politiques. Certaines personnes occupant ces postes sont également engagées dans des offices politiques, exacerbant ainsi les inquiétudes concernant la transparence et l'éthique dans le secteur public.
*Les prénoms ont été modifiés pour des raisons d'anonymat.







