Agnès Pannier Runacher, ancienne ministre en charge de la Transition écologique et actuelle députée Renaissance du Pas-de-Calais, ainsi qu'Hervé Gillé, sénateur socialiste de Gironde, mobilisent un groupe transpartisan de parlementaires. Ce collectif inclut des membres d'obédiences variées : écologistes, socialistes, centristes et républicains. Son objectif principal est d'influer sur le débat parlementaire concernant le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole, qui est actuellement discuté dans les deux assemblées.
Les amendements apportés à ce projet pourraient modifier en profondeur l'équilibre des politiques de l'eau, un sujet qui préoccupe ces élus. La loi prévoit notamment un assouplissement des règles de protection des zones humides, une réforme du cadre de protection des captages d'eau potable et la facilitation de la création d'installations de stockage d'eau à des fins agricoles. Cela inclut également des changements dans la gouvernance locale de l’eau, renforçant le rôle du préfet.
Eau : un bien commun à préserver
Dans un contexte marqué par l'accélération des épisodes de sécheresse, 69 départements font face à des restrictions d'eau. De plus, de nombreuses zones de captage d'eau potable sont en dégradation, avec 33 000 sites touchés par des polluants tels que les pesticides et les fertilisants. C'est pourquoi ce groupe transpartisan plaide pour une approche équilibrée qui sanctuarise l'eau comme un bien commun. Agnès Pannier Runacher met en garde contre le risque d'accaparement des ressources, arguant que le projet de loi va à l'encontre des besoins réels : "Il est essentiel d'adapter la gouvernance de l'eau au niveau des bassins versants, et que ce soit les comités de bassin qui définissent les besoins, plutôt que le gouvernement central à Paris."
Un modèle à revoir, mais pas à abandonner
Hervé Gillé partage cette vision et souhaite renforcer les systèmes en place pour la gestion de l'eau, tout en soulignant la nécessité d'opérer des ajustements en fonction des réalités du terrain. Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine et chef du Comité des bassins Adour-Garonne, rejoint ce mouvement dans une critique virulente : "L'État investit peu dans l'eau tout en voulant tout réglementer. La structure actuelle des comités de bassin possède une légitimité tant péremptoire que démocratique. Hystériser le débat de cette façon ne résoudra rien et ne fera qu'exacerber les tensions dans les territoires."
Ce groupe transpartisan s'engage donc à orienter les discussions sur l'eau autour de trois thèmes clés : la sobriété, le retraitement des eaux usées, un sujet négligé en France, et le stockage. "Nous devons agir, car sans cela, les agriculteurs et le secteur agro-alimentaire seront en difficulté. Cela nécessite toutefois une approche nuancée, car rien n'est simple dans cette problématique," conclut la députée nordiste.







