Dans notre espace d'expression, une tribune du Gardois Julien Devèze, délégué national au Projet Libéral-Démocrate Les Centristes, esquisse une voie pour la campagne présidentielle : plus que le programme, la méthode est primordiale.
La campagne présidentielle qui se profile commence déjà à accumuler les analyses sur l'état de la nation. Au fil des semaines, elle sera submergée par des propositions, souvent floues lorsqu'elles prétendent innover, et timides quand elles se veulent concrètes, donnant l'impression d'un catalogue d'intentions déjà vues.
Il se pourrait que, derrière la question habituelle du "quoi", se cache une erreur de perspective. La véritable interrogation devrait porter sur le "comment". Comment les futurs présidents envisagent-ils leur méthode de décision ? Mettent-ils en avant une volonté de restaurer l'unité du pays ou bien sont-ils enclins à opérer des réformes plus clivantes ?
Pour seule réponse, les candidats nous promettent généralement de réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué, imputant cela à une prétendue absence de compétences, d'intégrité ou de courage. Cependant, cette vision se limite à une critique personnelle qui ne tient pas compte du système en place. À plusieurs reprises, le pays a changé de cap sans voir de réelles améliorations. Peut-être est-il temps de questionner le fonctionnement même des institutions.
Il est impératif de réfléchir au mythe de l’homme providentiel. Comme le souligne Franceinfo, il n’existe pas de solutions miracles face aux crises sociales, économiques et environnementales. Les réponses ne peuvent venir que de choix collectifs, mais les ressources pour les formuler manquent cruellement.
Par conséquent, la question institutionnelle émerge comme étant centrale pour toute réforme envisagée. Les législatives de 2024 ont révélé l'essoufflement du scrutin majoritaire, incapable de refléter la diversité des sensibilités politiques. Rien ne garantit que le futur président, élu en 2027, disposera d'une majorité solide. Même en cas d'émergence d'une majorité, sa légitimité pour transformer le pays serait sujette à caution.
Le cadre établi par la Ve République, censé nous libérer de l’impuissance parlementaire, a sacrifié la représentativité sur l’autel de l’efficacité, se transformant ainsi en un système illusoire. Cela a engendré une montée de ressentiments au sein de l'opinion publique, qui se sent souvent déconnectée des réformes proposées. À ce titre, un exécutif isolé dans ses responsabilités risque d’aboutir à davantage de renoncements.
Des véritable contre-pouvoirs
C'est pourquoi la première réforme qui doit être mise en œuvre par le prochain président concerne les règles du jeu. Non pas pour décider plus rapidement, mais pour le faire de manière plus légitime. Cela nécessite de rouvrir le débat sur la proportionnelle afin de restaurer la représentativité et de rendre possible les discussions entre différentes options.
Les partisans du scrutin majoritaire aiment poser la question de la gouvernance : qui dirige et comment ? Les réponses peuvent être diverses : soit nous choisissons de réapprendre le parlementarisme, soit nous rééquilibrons les pouvoirs en confiant au Président la conduite de la politique nationale, face à un Parlement en mesure de négocier. Ce modèle offrirait des contre-pouvoirs réels et obligerait les dirigeants à rechercher des consensus, au lieu de se cantonner dans des positions rigides.
Ignorer cette question, c'est courber l’échine face à une démocratie qui risque de s'effacer plus rapidement qu’on ne l'imagine.







