L'ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, a comparu aujourd'hui au tribunal correctionnel de Nanterre, confronté à des accusations de détournement de fonds publics. Avec son style habituel mêlant verbe et mauvaise foi, il conteste fermement les accusations entourant un supposé emploi fictif.
Au cœur de cette affaire, l'association Codeeil, questionnée sur son rôle réel : n'était-elle pas qu'une façade pour dissimuler un emploi de complaisance pour Renaud Guillot-Corail, son ancien directeur du développement économique, après son départ à la retraite en 2012 ?
Le tribunal a d'abord rejeté une demande de renvoi de la défense, qui dénonçait une enquête jugée incomplète. La procureure, Nathalie Foy, a fermement opposé cette demande, rappelant la longévité du dossier. La présidente du tribunal, Céline Ballerini, a tenté de démêler les complexités financières en mettant en avant l'absence d'autonomie de l'association, dont les subventions ont explosé, atteignant 855.000 euros, principalement utilisées pour rémunérer M. Guillot-Corail.
"Quand on parle de détournement public, ce n'est pas simplement une question d'enrichissement personnel", a-t-elle souligné. "D'où provenaient les fonds de ces subventions ?"
Défendant sa cause, un Balkany en costume sombre et chaussettes bleues a esquivé les questions à plusieurs reprises. "Je ne me suis jamais intéressé à cette association", a-t-il insisté, laissant entendre que son administration gérait seule ces subventions. Avec une pointe d'ironie, il a déclaré : "Si les chiottes sont bouchées, on appelle le maire ?".
La tâche du tribunal est compliquée par le décès de la principale personne impliquée, Renaud Guillot-Corail, survenu en 2020. Profitant de cette situation, Balkany a affirmé : "On juge le travail d'un homme décédé, c'est carnavalesque !" Un sentiment qu'il a amplifié en se moquant de l'absurdité de la situation : "J'aurais pu être mort aussi, ça vous aurait simplifié le travail".
La procureure a, pour sa part, dénoncé un "habillage", s'étonnant de la prime de licenciement de 50.000 euros octroyée à Guillot-Corail et de la dissolution rapide de l'association. Des dépositions lues en audience ont également renforcé les doutes sur la légitimité de cette structure. Une ancienne trésorière, par exemple, a témoigné de son incompréhension quant à l'utilité de l'association, se qualifiant de "personne de paille" pour ce qui était le "bâton merdeux" de la mairie.
Bien qu'il ait nié toute implication, Balkany a salué son ancien collaborateur, le qualifiant de "diplomate exceptionnel". Il a même précisé que l'association avait mené des projets, y compris un projet de cimetière au Gabon, tout en soulevant des questions sur des voyages inattendus à Cuba ou Bali, dont il n'avait jamais entendu parler.
Balkany a également cherché à politiser le débat : "Des ministres disent qu'il faut travailler après la retraite, et vous me convoquez pour que je ne fasse pas travailler un retraité !", s'est-il exclamé. Réagissant à la lenteur de la justice, il a cité Georges Pompidou : "Arrêtons d'emmerder les Français".
Se décrivant finalement comme un "grand flemmard" plutôt qu’un élu omnipotent, Balkany a clos son intervention par ces mots : "Pour moi, ce n'était pas du boulot, c'était un plaisir". Le procès se poursuit demain.







