Une enquête internationale menée au cours des quatre dernières années en Suisse, en Alsace et en Allemagne met en lumière une situation préoccupante concernant la pollution du Rhin. Des substances telles que des PFAS, des fongicides et même des résidus de médicaments ont été détectés, certains pour la première fois, grâce à une méthode d'analyse innovante.
Le projet européen ERMES-ii-Rhin, réalisé par l'APRONA - Observatoire de la nappe d'Alsace, se distingue par son approche scientifique et géographique exceptionnelle. Selon des résultats récemment publiés, 96 % des près de 1 500 points de mesure présentent des micropolluants. Dans une part significative des cas, ces substances dépassent même les seuils autorisés par les réglementations en vigueur dans les trois pays concernés.
Cette étude indique que 59 % des points de mesure affichent des valeurs en dehors des normes de potabilité, signalant ainsi une pollution chronique et diffuse qui menace la santé de près de 5 millions d'habitants vivant autour du bassin rhénan. Des résultats alarmants montrent environ une quarantaine de polluants à un même endroit, créant un effet cocktail qui pourrait intensifier les risques pour la santé et l'environnement.
Les substances les plus fréquemment détectées pour des concentrations élevées incluent majoritairement des métabolites d'herbicides, tels que le S-métolachlore et l'atrazine, bien qu'elles aient été interdites au moment des analyses. En outre, des polluants persistants comme les TFA et les PFAS figureront également parmi les substances répertoriées.
Un mode de prélèvement et d'analyse novateur
Contrairement aux méthodes traditionnelles qui se concentrent sur une liste précise de polluants, les chercheurs ont opté pour une approche plus globale, identifiant toutes les substances présentes dans l'eau. Cette méthode a permis de découvrir des médicaments tels que l'alprazolam et le lorazépam, souvent indétectables par les techniques classiques.
Malgré les efforts des stations de traitement des eaux usées, l'étude souligne qu'elles ne parviennent pas à éliminer les micropolluants. Ces installations sont efficaces contre les macropolluants, mais les micropolluants, eux, continuent de contaminer nos rivières et, par conséquent, nos nappes phréatiques, avertit le document.
Les pistes données pour améliorer la qualité de l'eau
Pour remédier à cette situation alarmante, trois recommandations sont mises en avant : réduction des sources de pollution, amélioration du traitement de l'eau, et meilleure surveillance. Parmi les suggestions, il est conseillé de diminuer l'utilisation de substances persistantes dans les secteurs agricole, industriel et domestique.
À l'instar de la Suisse, une quatrième étape de traitement dans les stations de dépuration françaises pourrait aider à retenir ces micropolluants. Cette évolution sera progressivement imposée par la Directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines à partir de 2024, prévue pour entrer en vigueur d’ici 2045 en France et en Allemagne. Enfin, il est essentiel de développer des analyses non ciblées et d'intégrer les échanges entre nappes et rivières dans les programmes de surveillance pour évaluer les effets combinés de diverses substances.







