Depuis son arrivée à la tête de la CGT, Sophie Binet a su se faire une place marquante au sein de l'organisation. Élue dans un contexte de tensions internes en 2023, elle a su naviguer habilement entre différents courants, redéfinissant le paysage syndical français.
La secrétaire générale sortante, interviewée mardi à Tours où se tient le congrès, a rappelé : "La CGT n'est pas une organisation aseptisée, on ne sait jamais ce qui va se passer." Elle attend avec impatience l’annonce de sa réélection, prévue pour vendredi. Malgré l’adoption globalement favorable du rapport d'activité de l'équipe dirigeante, des voix discordantes se sont fait entendre, comme lors de l'envahissement de la scène par des contestataires.
S'imposer à la tête d'une CGT comprenant une trentaine de fédérations, avec des opinions variées, demande une expertise considérable, surtout après les tensions apparues lors du congrès de 2023, qui avait vu un affrontement marqué entre les traditionalistes et ceux prônant une ouverture vers la société civile et les ONG écologistes.
Le rapport de la direction précédente, dirigée par Philippe Martinez, n’avait pas trouvé grâce aux yeux des délégués, ce qui avait conduit à l'élection surprise de Binet, perçue comme une figure de compromis. Rémy Ponge, sociologue, souligne : "Sophie Binet c'est la secrétaire générale de la CGT, mais la CGT est une organisation dont les structures sont très autonomes."
Au fil de ses trois années de mandat, Binet a gagné en crédibilité médiatique, devenant le visage de la CGT auprès du grand public. Au congrès, Mélanie Martinet, cheminote des Ardennes, s’enthousiasme pour son "discours percutant" et ses punchlines qui résonnent, notamment auprès des jeunes. "C'est la meilleure chose qui nous soit arrivée d'avoir Sophie à la tête de l'organisation", déclare-t-elle, se sentant entourée par un enthousiasme palpable.
Mitchell Nooy, représentant des travailleurs précaires, admet : "Elle n'est pas parfaite, mais elle fait son travail de porte-parole avec détermination." Toutefois, il déplore une certaine perte de la radicalité historique de la CGT. D'autres, comme Magali Tardieu de la fédération postale, saluent son engagement ferme contre l'extrême droite, considérant cela comme essentiel à une époque où beaucoup semblent capituler.
Sophie Binet reçoit également le soutien accru des femmes au sein de la CGT en raison de son engagement féministe. Un responsable syndical révèle : "Elle fait face à des défis internes, car le sexisme existe ici. Mais elle sait faire preuve de diplomatie tout en étant incisive lorsqu'il le faut."
Guy Groux, sociologue et expert en monde syndical, constate la coexistence au sein de la CGT de deux lignes distinctes : la réformiste et la contestataire. Pour lui, Binet a su maintenir un équilibre sans rompre avec l'un ou l'autre camp.
En parallèle de son mandat, elle a cultivé une proximité avec Marylise Léon de la CFDT, un symbole de l'unité syndicale souvent mise à mal dans le passé. François Hommeril, leader des cadres, souligne leur assiduité commune lors des cérémonies officielles, contraste saisissant avec les tensions d’antan.
Cependant, des voix critiques persistent, notamment au sein des sections des ports et docks, mettant en lumière des frustrations concernant la mobilisation sociale. Murielle Morand, des secteurs chimiques, a fustigé l’absence d'une réelle volonté d’élargir le mouvement, plaidant pour un retour à la lutte au sens fort du terme.
Pourtant, ces dissensions n’auront pas empêché l’adoption du rapport d'activités à plus de 81%. Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, rappelle qu’un passé de conflits internes ne doit pas se répéter si l’on veut que l’organisation perdure et se développe.







