Le tribunal de Privas a demandé la suspension d'une année de la congrégation de la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), récemment accusée d'abus de faiblesse. Cette décision s'accompagne d'une demande d'une peine de prison avec sursis pour son supérieur, le père Bernard. Le verdict, qui doit encore être délibéré, fait écho à des préoccupations croissantes au sein de la société autour des dynamiques de pouvoir au sein des communautés religieuses.
La procureure de Privas a insisté sur la nécessité pour l'Église d'assumer ses responsabilités en demandant, le 22 janvier 2026, la fermeture temporaire de la communauté. Cette mesure vise à donner à l'institution ecclésiastique le temps d'examiner la situation de la FMND, jugée par certains comme le « epicentre des abus des symptômes sectaires », selon la procureure Cécile Nainani.
Elle a également révélé que des ex-membres avaient souffert de graves troubles psychologiques, affirmant : « Certains membres ont fait de l’anorexie, des dépressions, des tentatives de suicide, ils s’automutilaient ». Pour Nainani, les preuves de manipulation et de coercition au sein de la communauté sont accablantes, soulignant des « techniques de persuasion et de manipulation » ainsi qu'un « enfermement psychique ».
Pour autant, la procureure a précisé : « Je ne requiers ni la dissolution de la personne morale ni la fermeture définitive », affirmant que la décision de maintenir ou dissoudre la communauté appartient à l'Église. Elle a requis une amende de 100 000 euros, en plus de la fermeture d'un an du siège à Saint-Pierre-de-Colombier.
Au regard de la gravité des accusations, elle a également demandé deux ans de prison avec sursis et l'interdiction d'exercer pour Gérard Pinède, le supérieur de la FMND. « Les signalements pleuvent depuis de nombreuses années, mais les supérieurs restent hermétiques à toute remise en question », a-t-elle exprimé, écartant un mobile financier et pointant plutôt la « captation des esprits » comme objectif sous-jacent.
Des témoignages poignants devant le tribunal
Sur les bancs de la cour, c'est aussi la voix des victimes qui s'est fait entendre. Cinq anciens membres, âgés de 25 à 55 ans, se sont portés partis civils. Deux d'entre eux ont relaté leurs souffrances, en déclarant « agir au nom de toutes les victimes qui ne peuvent pas parler ». Cette volonté d'éveiller les consciences a suscité une réaction contrastée bien que des partisans de la FMND aient également témoigné de leur satisfaction, affirmant que « leurs enfants étaient heureux et libres » dans cette congrégation.
En réponse aux accusations, le père Bernard a réaffirmé son innocence, déclarant : « Je n’ai pas de délit à me reprocher ». De son côté, l'avocat de la défense a dénoncé une « enquête à charge », appelant à un examen plus justifié des accusations. « Il y a bien des problèmes psychologiques dans la société, comme partout ailleurs », a-t-il argumenté en appelant à la prudence lors du jugement.
Le tribunal prévoit de rendre son jugement le 24 mars à 13h30, un moment qui sera tournant non seulement pour la FMND, mais pour l'ensemble de la communauté catholique face aux évolutions de ce dossier sensible et délicat.







